LE PAPE CLARIFIE LA SITUATION

Finalement, Eugène rencontre le Pape et commence à comprendre la pagaille que l’intrigue politique avait causée.

 … L’audience du Pape n’a été ouverte que pour moi et les ministres. Je suis resté très longtemps avec Sa Sainteté. Eh bien! après que le Gouvernement eût fait des réclamations inutiles sur mon élévation à l’épiscopat, puisqu’il ne pouvait refuser au Saint-Siège un pouvoir dont il use tous les jours, on a dressé une autre batterie, et ils ont fait prévenir confidentiellement, qu’étant reconnu que j’étais un chef de carlistes et que je tenais des clubs de ce parti à l’évêché, on serait obligé de m’attaquer devant les tribunaux; que ce serait l’objet d’une note officielle si le Pape n’y pourvoyait pas, qu’on l’espérait de sa sagesse car il répugnait infiniment au Gouvernement d’être réduit à l’extrémité de traduire un évêque devant les tribunaux.

‘Carlistes’ fait référence en France à ceux qui voient, dans le roi Charles, le roi légitime et qui considèrent le roi Louis-Philippe comme un usurpateur. Comme Eugène n’était certainement pas un adepte du présent roi, les allégations venant du gouvernement en place ne pouvaient qu’être fausses. Les autorités françaises, cependant, avaient menacé de le poursuivre sous ces accusations subversives (bien que fausses) et avaient pensé, qu’en faisant intervenir le Pape, l’affaire aurait été réglée.

Le Pape, dans sa bonne foi et pour me soustraire à ce déshonneur, m’a appelé. Si l’on m’avait dit pourquoi, vous sentez que j’aurais répondu comme il faut, et comme je n’ai jamais fait une démarche, jamais dit une parole en faveur du carlisme, puisque carlisme il y a, attendu que mes principes sont que le clergé a assez à faire à défendre sa foi sans se mêler de politique, j’aurais provoqué moi-même au besoin l’attaque, bien sûr d’en sortir victorieux. Puisque je suis ici, je verrai jusqu’au bout…….

Lettre à Henri Tempier, le 28 août 1833, EO VIII n 458

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One Response to LE PAPE CLARIFIE LA SITUATION

  1. Denyse Mostert says:

    L’audience où seuls étaient admis Mgr de Mazenod et les représentants du Gouvernement a duré longtemps. La demande du Gouvernement concernant l’épiscopat d’Eugène de Mazenod est déboutée puisque, qu’« il ne pouvait refuser au Saint-Siège un pouvoir dont il use tous les jours… »

    La séance chez le Pape n’en est pas pour autant terminée. « On a dressé une autre batterie » selon laquelle Eugène est accusé d’appartenir au Groupe des Carlistes dont le but est de détrôner le Roi Louis-Philippe au profit du roi Charles ». Dans sa lettre du 28 août 1833 à Henri Tempier, Eugène réagit vigoureusement. « Mes principes sont que le clergé a assez à faire à défendre sa foi sans se mêler de politique » écrit-il, tout en regrettant de n’avoir pu préparer la défense qu’il aurait alors été en mesure de produire.

    Le P. Tempier ne peut manquer de reconnaître dans ces propos le compagnon imbu de justice qu’il connaît depuis tant d’années. La deuxième convocation à paraître au tribunal, sans laisser à l’accusé le loisir de préparer sa défense, me paraît à moi aussi comme l’ hypocrite machination de ceux qui veulent à tout prix l’emporter.

    « Puisque je suis ici, je verrai jusqu’au bout… », termine Eugène. Gageons qu’il aura alors demandé au Seigneur la force de traverser en Fils de Dieu ce difficile épisode de sa vie.

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