J’ESPÈRE QUE TOUT UN CHACUN AURA COMPRIS QU’IL LUI EST RIGOUREUSEMENT DEMANDÉ D’OBSERVER NOS RÈGLES DE VIE

Je suis encore peiné, mon cher ami, de ce que j’ai vu à N.-D. du Laus.

Eugène avait découvert, lors de sa visite de la Communauté Oblate du Laus, que le jeune Frère Guibert avait eu de la difficulté à faire respecter l’authentique esprit Oblat autour de lui. Il était encore jeune pour être un supérieur de la communauté. Il avait essayé de faire revenir à une observance des règles, mais il avait rencontré des résistances pour  des problèmes de santé et de la pression au travail. Il avait fait des concessions bien trop généreuses.

 Dieu veuille que mes exhortations aient produit l’effet que j’ai le droit d’en attendre. J’espère que chacun se sera dit qu’il est rigoureusement obligatoire pour lui d’observer strictement notre Règle.
Où en serions-nous si l’on n’y était fidèle que dans les maisons que je puis surveiller moi-même?
Cela fait, on ne sera pas encore parvenu à la fin que nous nous proposons, il faut se remplir de notre esprit et ne vivre que par lui. La chose parle de soi sans qu’il faille l’expliquer.

Lettre à Hippolyte Guibert, le 29 Juillet 1830, EO VII n 350

Toute sa vie, Eugène insista sur la primauté de vivre tous les aspects de la vie Oblate en accord avec les préceptes de la Règle. Dans cette Règle s’exprimait l’Esprit donné par Dieu pour vivre, prier et évangéliser en tant que Missionnaire Oblat de la Vierge Immaculée. – Et ceci est encore partagé aujourd’hui par toute la famille Mazenodienne.

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TROP DE CONCESSIONS NOUS FONT OUBLIER LA RÈGLE

Sur le chemin de la Suisse, Eugène s’arrêta à Notre-Dame du Laus où il fit une visite canonique.

Hippolyte Guibert avait demandé un rendez-vous à son Supérieur un an auparavant, alors qu’il avait 26 ans. Il avait quelques difficultés avec des personnes de sa communauté qui ne respectaient pas ce que prescrivaient les Règles de Vie oblates et il avait dû faire quelques concessions.

Eugène partagea son mécontentement à propos de cette situation avec son confident Henri Tempier :

… Il ne faut jamais de ces sortes de condescendance, on tolère pour un temps et l’on oublie ensuite d’urger le précepte et c’est ainsi que les abus s’introduisent…

Lettre à Henri Tempier, le 11 Juillet 1830, EO VII n 347

…Incontestablement, le P. Guibert a mieux que personne de sa maison l’esprit de notre vocation; il a pu pécher par la forme, mais pour le fond il a raison.

Eugène, en route vers la Suisse, passa quelques jours à Notre-Dame du Laus et il régla la situation, car se conformer à la Règle était indispensable pour la vie et le maintien du Ministère auprès des missionnaires.

N’ayant que trois jours à passer dans cette communauté, j’ai dû agir avec un mélange de douceur et de fermeté…

Lettre à Henri Tempier, le 26 Juillet 1830, EO VII n 349

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JE SUIS VOTRE FILS BIENAIMÉ

Eugène s’absenta de Marseille près de sept mois pour des raisons de santé. Il partit en voyage le 6 juillet pour la Suisse, sur les ordres exprès de ses médecins et à la demande du Fr Tempier. Cela lui permettait aussi d’aider sa sœur Nathalie. (REY p. 486).

La lettre suivante nous fait voir les liens d’affection et le sentiment de protection qu’avait Eugène pour sa famille.

Puisque vous ne pouvez pas venir, ma chère maman, et que je suis obligé de différer mon voyage à Aix, je vous écrirai deux mots pour vous témoigner le regret que j’éprouve de ne pas vous voir à l’époque où je m’étais flatté de vous embrasser.
Je suis venu passer deux fois 24 heures à St-Joseph, mon asile accoutumé lorsque je veux jouir d’un peu de tranquillité. Il n’y a pas moyen d’écrire seulement une lettre à Marseille. Mon projet est toujours de me rendre à Aix pour les élections, c’est à-dire le 22 de ce mois. Nous pourrons revenir ensemble pour nous disposer au voyage de Fribourg, que je n’entreprends qu’à cause de ma sœur, qui en a un véritable besoin. Cette femme est toujours plus angélique, il n’est pas possible d’être plus vertueuse, mais elle a bien besoin de faire quelque diversion à ses chagrins. Le voyage sera propre à cela.
Si elle n’avait pas tant de répugnance pour le lait, je compterais sur cette nourriture pour l’engraisser un peu; mais elle ne veut pas en essayer. Peut-être que le lait de Suisse la dégoûtera moins.
 Et vous, comment vous tirez-vous de vos bains? Il semble fait exprès qu’il ait fallu que vous fussiez dérangée, lorsque vous étiez bien décidée de les prendre comme il faut. Dieu veuille que les soins que vous avez dû donner à mon oncle (Éd. son cousin François Roze-Joannis), ne vous aient pas fatigués et fait perdre tout le fruit de ces eaux salutaires! J’espère que le malade va mieux, et je serai bien aise d’apprendre que vos douleurs se sont un peu calmées.
… Adieu, très chère et bonne maman. Je vous embrasse de tout mon cœur. Rappelez-moi au souvenir de mon oncle. Je salue mon frère et je suis votre très affectionné fils. Tout le monde se porte bien à l’évêché.
Eugène.
Lettre à sa mère, le 15 juin 1830, Archives générales OMI, Rome, AGR FB I-9

 

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ATTENDRE SANS AGITATION ET SANS SOUCI POUR LE BON DIEU DE NOUS MONTRER SES PLANS

Eugène a appris à être patient vis-à-vis les précipitations à des nouvelles aventures missionnaires. L’année d’avant, en 1829, il est allé au royaume de Sardegna pour voir une possibilité d’installation des oblats, mais sa précipitation s’est montré très futile et rien n’y est sorti. Et maintenant, il a pris la question d’envoyer des missionnaires en Algérie très calme – et en comptant sur un plus long discernement et sur la prière.

… .A cette occasion , j’ai bien pris la résolution de ne jamais hâter les moments de la Providence et de me laisser conduire à l’avenir tout doucement par elle, après l’avoir laissé parler deux fois, crainte de ne pas bien comprendre ses adorables desseins..

Lettre à Mgr Billiet, 7 juin 1830, EO XIII n.74

C’était un conseil qu’il a donné à deux communautés oblates qui exerçaient une pression sur lui d’envoyer des missionnaires à ce nouveau territoire de mission en Algérie.

… Je vois par celle d’Honorat qu’on s’occupe beaucoup trop d’Alger. Dites aux deux maisons que c’est assez. Quand le temps sera venu, s’il arrive, alors comme alors. Maintenant que chacun s’occupe de son affaire, qu’on se rende propre à tout par l’étude et par la piété et qu’on attende sans empressement et sans soucis que le Bon Dieu manifeste ses desseins.

Lettre à Henri Tempier, 1er août 1830, EO VII n. 351

 

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LA DEMANDE DES OUVRIERS POUR RÉPANDRE LA FOI DANS CES TERRITOIRES CONQUIS

L’évêque de Marseille, en l’occurrence, se montra infiniment plus pressé que son neveu. Dès le 11 juillet, sans prendre le temps de consulter celui-ci, il propose en effet au Grand Aumônier d’envoyer en Algérie les Oblats de Marie Immaculée. Ceux-ci, écrivait-il,

« me demandent avec beaucoup d’instances de solliciter auprès de Votre Éminence la grâce d’être compris parmi les ouvriers qui iront prêcher la foi dans ces pays conquis » aucune communauté, ajoutait-il, ne serait plus à même « de travailler à cette grande œuvre ; nos relations continuelles avec Alger, la facilité où l’on est à Marseille d’apprendre la langue arabe et de la parler même avec les naturels du pays, à cause du grand nombre de Levantins qui habitent notre ville, tout concourt à faire désirer qu’ils soient chargés de cette sainte entreprise ».

Le lendemain, en termes presque équivalents, Mgr Fortuné adressait au prince de Polignac [ed. Il était le premier ministre et le ministre des Affaires extérieures de la France]. une requête identique. Le 15, il ordonnait, pour le dimanche suivant 18, la célébration à la cathédrale d’un Te Deum solennel d’actions de grâces.

Leflon 2 p. 351

La révolution à Paris, qui venait de débuter quelques semaines auparavant, a mis fin à ce plan missionnaire. Il faudra dix-neuf ans avant que les oblats n’aillent en mission en Algérie, en 1849.

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LE DÉSIR D’ÊTRE LE PREMIER À AVOIR LA JOIE D’AMENER LA LUMIÈRE DE L’ÉVANGILE À CES PAUVRES GENS

Les Oblats d’ailleurs réclament avec empressement « l’insigne faveur de traverser la mer et de pouvoir accompagner ceux de nos Pères, qui les premiers auront le bonheur de porter la lumière de l’Évangile chez ces malheureux peuples ». Tempier lui-même offre de partir avec cette avant-garde (Leflon 2, p. 350). Le frère scolastique Richard a écrit à Eugène :

« …en apprenant la prise d’Alger vous ne pûtes retenir vos larmes; pour moi, je vous assure que depuis cette heureuse nouvelle je n’ai plus de repos… Dès le commencement de cette guerre, vous manifestâtes bien clairement que si jamais c’était possible, vous établiriez une mission dans ces contrées infidèles; un succès surprenant vient de couronner les efforts de nos troupes et ne doutant point de voir bientôt vos desseins se réaliser, je n’ai pu me résoudre à attendre votre retour pour solliciter l’insigne faveur de traverser la mer…” (Lettre de Pascal Ricard à Eugène, juillet 1830, in Rey I, p. 486). Eugene répond à travers P. Tempier:

Je vous prie de dire au frère Ricard que sa lettre m’a fait le, plus grand plaisir qu’il se tienne tranquille en attendant les moments de Dieu. Le Seigneur nous manifestera sa volonté quand il lui plaira, nous tâcherons de seconder ses desseins, mais je suis effrayé de notre petit nombre quand je pense à une colonie.

Lettre à Henri Tempier, 15 juillet 1830, EO VII n 348

 

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LA JOIE DE VOIR S’OUVRIR LES POSSIBILITÉS MISSIONNAIRES

La nouvelle de la prise d’Alger, parvenue le 9 juillet, met le comble à l’exaltation générale… L’enthousiasme général gagne l’évêché lui-même : « A 2 heures, toutes les cloches ont été mises en branle, par ordre de Monseigneur, écrit le P. Tempier au P. de Mazenod. Le général a fait faire une décharge de vingt-cinq coups de canon. La ville s’est trouvée hérissée de pavillons, par un mouvement spontané. Le soir, grande illumination ; tout le monde s’embrassait dans les rues, à part les libéraux. Mon  seigneur prépare un mandement, au bruit du canon, désolé de ne vous avoir pas auprès de lui » Le P.  Tempier au P. de Mazenod (10 ou 11 juillet, 1830). Cité par Rey, I, 486.

Leflon 2 p 349-350

C’est vous qui m’avez appris les ravissantes nouvelles d’Alger. J’ai lu votre lettre sous un arbre à Rambaud; j’étais ému de reconnaissance envers Dieu, j’étais fou de joie… J’admire la promptitude des résolutions de notre très cher Évêque; il est toujours le premier à bien faire

Lettre à Henri Tempier, le 15 juillet 1830, EO VII n 348

C’était la joie d’un missionnaire qui a vu l’ouverture des occasions d’évangélisation en continent africain.

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L’INVASION D’ALGÉRIE : IL FAUT D’ABORD LEUR APPORTER LE CHRIST

Les prochaines entrées feront référence à la conquête de l’Algérie par la France en 1830. Nous devrions lire ces événements à travers les yeux missionnaires d’Eugène, il y a presque deux siècles, et surtout ne pas le juger à la base de notre sensibilité théologique et politique, comme si ces événements auraient eu lieu en 2017. En 1830 ils étaient en pleine expansion coloniale, que l’Église a vue comme opportunité pour évangéliser ceux qui n’avaient pas encore reçu la Bonne Nouvelle de Jésus – autrement, pour tous ceux qui n’avaient pas l’accès au salut (« extra ecclesiam nulla salus»).

Pour des raisons hors de notre réflexion, la France a envahi l’Algérie en juillet 1830. Leflon explique pourquoi cette invasion est significative pour Marseille, où Eugène était le Vicaire général de son oncle Mgr Fortuné.

Tandis qu’ailleurs les libéraux mènent violente campagne contre l’action militaire décidée par le gouvernement le 31 janvier 1830, ceux du grand port méditerranéen l’approuvent avec enthousiasme… Les avantages politiques, que le régime de Charles X, de Polignac, pourraient en retirer, pour eux comptent beaucoup moins que les avantages immédiats et futurs du commerce local, en quoi ils s’accordent avec leurs rivaux royalistes et le sentiment populaire. Il s’agit, pour l’avenir, de s’assurer des débouchés, qui compenseraient les déboires subis au Moyen-Orient ; il s’agit, pour le présent, des profits que procureraient l’achat d’approvisionnements et le transport des troupes. De fait, Marseille dut à cette expédition un mouvement d’affaires providentiel, qui lui permit d’échapper au marasme général… Par là s’explique le délirant accueil ménagé aux troupes qui s’embarquent (Leflon 2 p 349)

Yvon Beaudoin démontre les réactions des missionnaires qui ont vu cette invasion comme opportunité d’évangéliser ces territoires non-chrétiens.

Le père de Mazenod et les Oblats, à l’unisson avec l’opinion française et surtout marseillaise, réagissent favorablement à cet événement. Déjà le 27 avril 1830, Eugène de Mazenod, au nom de son oncle Fortuné, avait publié un mandement par lequel il ordonnait « des prières publiques pour le succès de la guerre d’Afrique ». Il y disait, entre autres: « Nous nous félicitons de voir plusieurs de nos prêtres […] solliciter la faveur d’y porter les premiers la connaissance de Jésus Christ, pour y former une chrétienté qu’ils brûlent de féconder de leur sueur et de leur sang. »

http://www.omiworld.org/fr/dictionary/dictionnaire-historique_vol-1_a/20/alg-rie/  

 

 

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DÉFIER L’INGÉRENCE DE L’ÉTAT DANS LA LIBERTÉ DE L’ÉGLISE

Quand Paul VIII est devenu Pape en mars 1829, il a écrit une lettre pastorale à tous les évêques du monde. Le ministre français des Affaires ecclésiales Mgr Fuetrier, a interdit les évêques français de le publier sans l’approbation de l’état. Eugène qui était en convalescence en Grans à l’époque a écrit à son oncle, Mgr Fortuné, à Marseille sur sa réponse à une autre attaque sur la liberté de l’Église.

Il faudrait savoir si vous voulez obtempérer à l’inconcevable missive du ministère. Passe pour ne pas imprimer la lettre encyclique du Pape, mais quand le pasteur des pasteurs enseignant l’Église recommande aux évêques de s’élever contre certains désordres qu’il leur dénonce, je ne puis croire qu’on doit s’abstenir d’en parler. Mon idée au contraire serait de donner aux peuples la même pâture que l’on a reçue.

Lettre à Mgr Fortuné de Mazenod, 9 août 1829 cité dans Leflon 2 p. 343

Il a aussi envoyé au P. Tempier une copie de la lettre qu’il a écrite de la part du Mgr Fortuné au ministre :

 « Monseigneur, je n’ai pas eu seulement connaissance de l’encyclique de notre saint père le pape Pie VIII, mais elle m’a été directement adressée comme à tous les Évêques du monde catholique, car grâce à Dieu, je suis en communion avec le Saint-Siège apostolique.» Nous examinerons si ce projet de lettre, tel que je l’ai conçu, ne doit pas être déposé dans le grand registre de l’évêché comme un témoignage de foi de l’Évêque pour l’instruction de ses successeurs, car je me proposais de dire au ministre, qu’obéissant à la voix du supérieur des évêques, je prémunissais mon peuple conformément à ses injonctions sur tous les points que sa sollicitude lui fait dénoncer comme dangereux pour les âmes.

Lettre au P. Henri Tempier, 16 août 1829, EO VII n 336.

Pendant que l’État et l’Église continuaient à vivre des moments d’intense conflit, un conflit qui aura duré pour des années, nous verrons qu’Eugène n’allait pas rester inactif – une réalité qui allait le coûter cher.

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LE BESOIN D’IMITER LES APOTRES DANS LEUR SACRIFICE DE SOI-MEME

Le combat initial contre les libéraux consistait à défendre la liberté d’éducation pour laquelle Eugène déclarait

je me trouve semblable au lion qui sent toute sa vigueur, sa force et son courage…

Lettre à Henri Tempier, 24 juin 1828, EO VII n 304

Eugène savait que cela n’était qu’une première étape des attaques contre l’Eglise de France, et qu’il était donc essentiel d’avoir des gens bien préparés à faire face. En ce qui concerne les Oblats, il anticipait la nécessité d’avoir des hommes solidement formés et dont l’engagement pour Jésus Christ leur donnerait la vision et la force d’être comme des lions pour défendre les valeurs de Dieu et de l’Eglise. Une solide formation oblate était essentielle :

Nous avons un noviciat très sévère. Si les sujets ne sont pas jugés propres aux vertus religieuses, on les congédie sans façon. Dès lors il demeure constant que le petit nombre qui persévère est vraiment appelé.
Si la colère divine nous réserve une nouvelle persécution , je pense que ceux qui s’y seront préparés dans le secret de la maison de Dieu, et qui auront imité les Apôtres dans leur dévouement ne seront pas les moins fidèles, et nous consoleront de la défection d’un grand nombre à laquelle il faut s’attendre.

Lettre à Mgr Miollis, évêque de Digne, 10 mars 1828, EO XIII n. 65

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