ON NE VIEILLIT QUE D’UN JOUR À LA FOIS, MAIS VIENT ENSUITE L’ANNIVERSAIRE QUI VOUS RAPPELLE QUE VOUS ÊTES PLUS VIEUX D’UN AN

Les réflexions d’Eugène sur son 60e anniversaire et son âge n’ont pas besoin de commentaire aujourd’hui. 

Le 1er août
Rien de particulier en ce jour si ce n’est que je termine mes 59 ans. C’est ainsi qu’on se rapproche du terme sans presque s’en douter. On ne vieillit que d’un jour à la fois, mais vient ensuite l’anniversaire qui vous rappelle que vous êtes plus vieux d’un an, et chaque année le chiffre grossit et finit par vous étonner parce que dans cette progression rapide, rien ne paraissait altéré, ni dans la force du corps ni dans l’intelligence. Le miroir, s’il eût été consulté, aurait pu réveiller l’attention sur les outrages irréparables des ans, mais je ne me sers de ce meuble que pour me débarrasser à la hâte d’une barbe importune; d’ailleurs le miroir vous montre tel à peu près que vous étiez l’avant-veille et qui est-ce qui va réfléchir sur le plus ou moins de beauté, sur le plus ou moins de fraîcheur de son visage. Tant il y a qu’on tombe ainsi dans la soixantaine. Il vaudrait presque mieux ne pas le savoir, car il semble qu’on est au bout de la vie, et alors comment avoir le courage d’entreprendre quelque chose? Il faut un effort de la volonté, puissamment stimulé par la grâce de Dieu.

Journal d’Eugène de Mazenod, 1er août 1841, EO XX

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C’EST LA PROVIDENCE QUI A DISPOSE LES CHOSES SANS QUE NOUS NOUS EN DOUTASSIONS LE MOINS DU MONDE

Hippolyte Guibert avait 14 ans et vivait près des Missionnaires de Provence quand ils furent fondés en 1816 à Aix. Pendant sept ans, il a observé leur zèle et finalement, à l’âge de 21 ans, il s’est senti appelé par Dieu à les rejoindre. En 1823, il fit son oblation perpétuelle.

Guibert était une personne très talentueuse, mais il est toujours resté humble. Eugène a reconnu ses qualités et lui a donné plusieurs postes de direction, notamment supérieur de la communauté du Laus, puis recteur du grand séminaire de Corse.

L’Église et le gouvernement français remarquent également ses qualités et en 1841, il nomme cet Oblat de 39 ans évêque de la ville de Viviers. (Il deviendra plus tard archevêque de Paris et le premier cardinal OMI – mais cette histoire est pour plus tard)

Le gouvernement voudrait nommer le p. Guibert évêque, je n’en suis pas surpris.  

Journal d’Eugène de Mazenod, 20 juillet 1841, EO XX

Les Oblats de France avaient déjà été amoindris par l’envoi de six missionnaires au Canada, et maintenant l’un des Oblats les plus doués était retiré des effectifs. Eugène s’en confie au père Courtès :

Pour compliquer encore nos embarras, voilà que l’on vient nous enlever le p. Guibert. Je ne me dissimule pas les avantages de cette nomination sous plusieurs rapports, mais elle m’accable dans la circonstance présente. Je l’aurais vu nommer à Gap, il y a deux ans, bien volontiers, la raison en est palpable, mais à Viviers, et dans ce moment, j’en suis étourdi . Cependant je ne saurais m’opposer aux desseins de la Providence. C’est Elle qui a disposé les choses sans que nous nous en doutassions le moins du monde. Elle viendra à notre secours.

Lettre à Hippolyte Courtès, 11 août 1841, EO I n 3

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L’ORAISON SERA VOTRE RICHE MINE, ET LES EXAMENS QUOTIDIENS VOUS SERVIRONT DE PHARE, DE MIROIR, DE BOUSSOLE ET D’ÉPERON

La nomination par Eugène de Mazenod du père Joseph Vincens comme maître des novices avait fait craindre au jeune homme de ne pas être capable de gérer cette responsabilité. Les conseils qu’Eugène lui donnent peuvent être appliqués par nous dans tant de situations difficiles auxquelles nous sommes confrontés. Il écrit

pour vous dire que vous devez mettre toute votre confiance en Dieu dans la nouvelle charge qui vous est imposée et vous persuader qu’avec son secours vous réussirez aussi bien et mieux que tout autre. L’oraison sera votre mine, et les examens journaliers vous serviront de jalons, de miroir, de boussole et d’éperons même s’il le faut. Marchez donc avec confiance et dites-vous comme saint Ignace: Vincens seul ne peut rien, Vincens et Dieu peuvent tout.

Lettre à Joseph Vincens, 17 juillet 1841, EO IX n 734

L’oraison est la prière quotidienne dans laquelle les missionnaires priaient en communion les uns avec les autres. C’était comme une mine d’or fournissant des richesses spirituelles à tous.

L’examen est la belle prière faite par saint Ignace et les Sulpiciens

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LE PUBLIC VOUS GÂTE A CAUSE DE VOS BONNES QUALITÉS, DE VOTRE ZÈLE ET DE TOUT CE QUI LE FRAPPE EN VOUS

Le père Louis Toussaint Dassy était un Oblat intelligent et très talentueux qui excellait dans tout ce qu’il faisait, aussi bien comme prédicateur missionnaire que comme auteur de livres, et qui étudiait l’archéologie comme un passe-temps. Eugène lui écrit et lui donne quelques conseils pour s’assurer qu’il compte sur Dieu et non sur ses talents personnels.

Je ne cesse de remercier Dieu du bien qui s’opère par votre ministère, mais vous, mon enfant, et vos confrères, ayez toujours dans le cœur et sur les lèvres ces belles paroles de l’Apôtre: « Nous ne sommes que des serviteurs sans mérite particulier ; nous n’avons fait que notre devoir. ». [ed Luc 17:10]

Qui sommes-nous en effet pour opérer des miracles? Ce qui doit nous surprendre, c’est que nous ne gâtions pas l’œuvre que Dieu nous a confiée par nos infidélités et ce que nous y mettons du nôtre,

Il met en garde le jeune homme de 33 ans :

effaçons-nous à nos propres yeux, et ayons soin de ne rien demander aux hommes, nous ne voulons pas plus de leurs éloges, de leur admiration, etc., que de leur argent. Vous surtout, mon bon fils, vous avez besoin d’être sur vos gardes parce que le public vous gâte à cause de vos bonnes qualités, de votre zèle et de tout ce qui le frappe en vous.

Lettre au Père Louis Dassy, 17 juillet 1841, EO) IX n 733

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DIEU M’EST TÉMOIN COMBIEN JE VOUS POURSUIS TOUS DE MON AFFECTION DANS LA TENDRESSE DU CHRIST

Eugène, comme Saint Paul, est le père de la famille missionnaire oblate, il exprime son affection pour la communauté qui part pour le Canada.

Quant à moi, je rends grâce à mon Dieu chaque fois que je pense à vous, dans toutes mes prières, le suppliant avec joie pour vous tous par rapport à votre communion dans l’Évangile; confiant aussi en cela, que celui qui a commencé en vous une bonne œuvre, la conduira à son accomplissement, jusqu’au jour du Christ Jésus, comme il est juste pour moi de penser ainsi pour vous que je porte dans mon cœur. Dieu en effet m’est témoin combien je vous poursuis tous de mon affection dans la tendresse du Christ; et je demande que votre charité abonde de plus en plus en science et en tout sentiment par Jésus-Christ, à la gloire et à la louange de Dieu.

L’évêque Berteaud de Tulle serait sorti d’un entretien avec Eugène et se serait exclamé : « Messieurs, j’ai rencontré Paul !  »

Que ces mots soient factuels ou non, ils illustrent bien l’esprit avec lequel Eugène comprenait les missions étrangères de ses Oblats.

Entreprenez donc votre voyage d’un cœur allègre et de bon gré. Que Dieu lui-même notre Père et Notre Seigneur Jésus-Christ dirigent vos pas. Que soit sur vous la bienveillante protection de la Très Sainte Vierge Marie conçue sans tache et la garde attentive du saint Ange de Dieu.

Donné à Marseille, sous notre seing et sceau et la signature du Secrétaire de la Congrégation, en l’an du Seigneur mil huit cent quarante et un, le vingt-neuvième jour de septembre.

Lettre d’obédience aux premiers missionnaires oblats au Canada, 29 septembre 1841, EO I n 8

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MONTREZ-VOUS TEL QUE VOS COMPAGNONS CHERCHENT AVIDEMENT À VOUS SUIVRE PAS À PAS ET À VOUS IMITER

Le mandat missionnaire d’Eugène à la première communauté d’Oblats à se rendre au Canada a souligné l’importance de se soutenir mutuellement.

C’est pourquoi encouragez-vous mutuellement et édifiez-vous les uns les autres. Soyez unis dans un même esprit, collaborant à la foi de l’Évangile

Puis, s’adressant au père Jean Baptiste Honorat, le supérieur de la communauté :

Vous spécialement que nous avons préposé à la direction de vos frères, excellez par le mérite et la vertu plutôt que par l’élévation de votre charge; appliquez-vous plus à vous attacher les cœurs de vos sujets par la charité et la mansuétude qu’à les conduire par l’autorité. Efforcez-vous, par l’observance de nos Règles et la pratique de la piété envers Dieu, de vous montrer tel que vos compagnons cherchent avidement à vous suivre pas à pas et à vous imiter à l’envi.  

Le reste de la communauté a été prié d’apporter son soutien :

A votre tour, vous que notre Sauveur a daigné appeler, de préférence à vos confrères, à une si grande œuvre, appliquez-vous de toutes vos forces à répondre à cette sainte vocation de Dieu, par ailleurs, veillant avec soin à alléger le fardeau imposé à votre Supérieur, par l’humilité, la pratique de la mortification, le zèle pour la perfection, l’assiduité à la prière, un vrai respect envers lui pour Dieu, la joyeuse obéissance et surtout un amour sincère.

Lettre d’obédience aux premiers missionnaires oblats au Canada, 29 septembre 1841, EO I n 8

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RÉCONFORTEZ-VOUS DANS LE SEIGNEUR ET DANS LA PUISSANCE DE SON POUVOIR

Citant Saint Paul, Eugène a envoyé ses missionnaires avec un courage évangélique.

Au reste, frères, réconfortez-vous dans le Seigneur et dans la puissance de son pouvoir. Saisissez donc l’armure de Dieu, tenez-vous bien debout, les reins ceints de la vérité, revêtus de la cuirasse de justice et vos pieds chaussés en préparation de l’évangélisation; afin que le Seigneur vous donne d’annoncer la parole avec grande force, pour retirer du péché les fils de l’Église et les reconduire à la sainteté; et qu’il ouvre votre bouche pour faire connaître avec assurance le mystère de l’Évangile à ceux qui l’ignorent.

Lettre d’obédience aux premiers missionnaires oblats au Canada, 29 septembre 1841, EO I n 8

En ces jours difficiles, rappelons-nous que les paroles de Paul, sont toujours vraies pour nous et nous invitent à prendre courage :

Pour conclure : puisez votre force dans le Seigneur et dans sa grande puissance.

Revêtez-vous de l’armure de Dieu afin de pouvoir tenir ferme contre toutes les ruses du diable.

Car nous n’avons pas à lutter contre des êtres de chair et de sang, mais contre les Puissances, contre les Autorités, contre les Pouvoirs de ce monde des ténèbres, et contre les esprits du mal dans le monde céleste.

C’est pourquoi, endossez l’armure que Dieu donne afin de pouvoir résister au mauvais jour et tenir jusqu’au bout après avoir fait tout ce qui était possible

Tenez donc ferme : ayez autour de la taille la vérité pour ceinture, et revêtez-vous de la droiture en guise de cuirasse.

Ayez pour chaussures à vos pieds la disponibilité à servir l’Evangile de la paix.

En toute circonstance, saisissez-vous de la foi comme d’un bouclier avec lequel vous pourrez éteindre toutes les flèches enflammées du diable

Prenez le salut pour casque et l’épée de l’Esprit, c’est-à-dire la Parole de Dieu. (Ephésiens 6:10-17)

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A PRESENT S’OUVRE UNE VOIE PLUS LONGUE ET UN CHAMP SE DEPLOIE PLUS LARGEMENT ; UNE PORTE NOUS EST GRANDE OUVERTE

Dans une lettre officielle d’envoi de ses Missionnaires Oblats, Eugène de Mazenod, en tant que Supérieur général, donne mandat à leur mission.

DIEU ET PÈRE DE NOTRE-SEIGNEUR JÉSUS-CHRIST, qui nous a choisis et prédestinés à la louange de la gloire de sa grâce, nous a établis afin que nous allions et rapportions du fruit et que notre fruit demeure.

Eugène a insisté sur le fait que l’existence des Oblats était le fruit de l’intervention de Dieu et non d’un effort humain. Il a rappelé la fondation et la fructueuse évangélisation en Provence :

Vous savez que depuis le moment où le Père de famille nous a envoyés en dernière heure, nous petit troupeau, travailler dans sa vigne, comment nous avons rapporté de nos modestes travaux des fruits abondants; et qu’après avoir commencé à annoncer sa parole, que de grandes choses Dieu a accomplies avec nous, bien qu’indignes, et combien d’errants ont été ramenés dans la bonne voie, pendant que nous allions, dans les régions qui nous entourent, aux brebis qui avaient péri.

Tout comme Dieu avait béni leurs humbles débuts, Il allait continuer à bénir les Oblats dans le vaste champ nouveau qui s’ouvrait au Canada.

Cependant, à présent s’ouvre une voie plus longue et un champ se déploie plus largement; une porte nous est grande ouverte: nous sommes envoyés maintenant non seulement à ceux qui sont près et aux frères dans la foi, mais aussi aux autres qui sont loin et en dehors de la foi; nous, qui en raison de notre petit nombre, étions inférieurs à la tâche de recueillir l’abondante moisson qui s’étend devant nous.

Lettre d’obédience aux premiers missionnaires oblats au Canada, 29 septembre 1841, EO I n 8

Aujourd’hui, le même esprit pousse la famille mazenodienne à être missionnaire dans toutes les situations où nous nous trouvons. Dieu ne nous abandonnera jamais.

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CE SOIR S’EST FAITE LA SEPARATION AVEC NOS CHERS MISSIONNAIRES QUI PARTENT DEMAIN POUR LE CANADA

Enfin, le moment du départ des six missionnaires oblats était arrivé. Ils se sont réunis à Marseille pour un adieu. Plein d’admiration pour leur générosité et leur esprit d’oblation, Eugène s’exclame dans son journal :

Ce soir s’est faite la séparation avec nos chers missionnaires qui partent demain pour le Canada. Rien de plus édifiant que les sentiments dont ils sont animés; ils partent pleins d’un saint zèle et avec un dévouement sans bornes, sacrifiant généreusement les affections les plus naturelles sans avoir seulement la pensée de s’en prévaloir pour qu’on leur en sache gré. Il faut le dire parce que c’est vrai: ils ont tous été parfaits, Dieu leur en tiendra compte..

Journal d’Eugène de Mazenod, 28 septembre 1841, EO XX

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VOUS ME SAUREZ GRÉ, MON CHER FILS, DE VOUS MONTRER À DÉCOUVERT TOUTE MA PENSÉE

Choisir les premiers missionnaires qui iront au Canada requiert de faire preuve d’un grand discernement de la part d’Eugène et du conseil des Oblats.

Je vous assure, mon très cher fils, que je n’ai attribué qu’à un très bon motif l’offre que vous m’avez faite d’être du nombre de ceux qui devront être choisis pour fonder notre premier établissement en Canada. J’ai béni le Seigneur des dispositions dans lesquelles sa grâce vous avait mis, mais j’ai hésité au souvenir de la lettre que vous m’aviez écrite lorsque je vous annonçai que vous étiez destiné pour faire partie de la communauté de Lumières…

Après avoir fait état des difficultés que certaines attitudes du P. Bermond avaient causées, Eugène continue :

Vous sentez que pour une mission lointaine comme celle du Canada, il faut être à toute épreuve; il faut que l’on puisse compter sur la solidité des vertus religieuses de ceux qui vont se trouver à 1.500 lieues de moi. Qui peut prévoir les contrariétés que l’on éprouvera soit des hommes, soit des événements? Si l’on ne s’est pas fortifié dans la pratique de l’humilité, de l’abnégation, si l’on ne s’est pas établi dans l’obéissance qui est le fondement de tout l’édifice religieux, si l’on n’est pas disposé à supporter les imperfections des autres et surtout si on n’a pas tellement renoncé à sa propre volonté qu’il n’en coûte plus rien pour se soumettre à celle du supérieur, et cela sans efforts, sans tristesse, sans le moindre murmure.

Eugène conclut enfin:

 Vous me saurez gré, mon cher fils, de vous montrer à découvert toute ma pensée. Rassurez-moi davantage et vous serez du nombre d’une seconde colonie.

Je vous embrasse et vous bénis.

Lettre à Francois Bermond, le 19 août 1841, EO I n 4

 » Voilà ce qui fait votre joie, même si, actuellement, il faut que vous soyez attristés pour un peu de temps par diverses épreuves : 7 celles-ci servent à éprouver la valeur de votre foi. Le feu du creuset n’éprouve-t-il pas l’or qui pourtant disparaîtra un jour ? Pourtant, votre foi qui a résisté à l’épreuve a une valeur beaucoup plus précieuse. Elle vous vaudra louange, gloire et honneur, lorsque Jésus-Christ apparaîtra. »   (I Pierre, 1: 6-7)

 

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