Après avoir décrit ce qui est clairement l’expérience mystique, Eugène continue :
J’ai conclu de là que notre bon Sauveur avait voulu me donner la preuve qu’il agréait les sentiments que je venais de lui exprimer dans la simplicité de mon cœur. Je vous fais part dans la même simplicité de ce qui s’est passé, pour votre propre consolation et pour votre encouragement. Ne m’en reparlez pas, et continuez de prier pour moi.
Lettre au P. Tempier, 23 août 1830, EO VII n 359
Ce beau et bref texte est une indication de la relation permanente d’Eugène avec son Bon Maitre. Son injonction de ne plus en parler est très signifiante. Eugène a toujours été très réservé par rapport à sa consolation et ses exercices spirituels personnels. Et même étant réservé sur ses expériences religieuses, leurs fruits étaient évidemment visibles par la qualité de sa vie, de son leadership et de son ministère.
Dans un passé pas si lointain, les expériences mystiques était connues sous le nom de « secret du roi ».
On peut avancer que beaucoup préféraient garder pour eux leurs relations avec le Seigneur. Que ce soit par crainte d’être incompris ou désir de garder pour soi une richesse si personnelle, peur encore de perdre l’étincelle du moment, et que les mots se révèlent impuissants à rendre justice à l’expérience avec, quelque part, le désir d’éviter le jugement d’esprits forts.
Eugène de Mazenod sait cultiver la discrétion. À Henri Tempier, il va cependant parler en mots très sobres de son expérience alors qu’il célébrait l’Eucharistie. « J’étais bien, j’étais heureux, écrit-il encore, et si je n’étais pas si misérable, je croirais que j’aimais, que j’étais reconnaissant… »
Que du bon sens dans le choix de ce confident ! On se souvient du Jeudi Saint 1811 et du vœu d’obéissance réciproque des deux jeunes prêtres. « Comme confesseur et directeur spirituel de Mgr de Mazenod, le père Tempier a été le confident de son cheminement intérieur qui nous est connu en partie grâce à quelques lettres du Fondateur qui furent soigneusement conservées. (*) Eugène était en terrain sûr.
Une telle amitié n’est pas uniquement réservée au fondateur. Un discernement éclairé peut nous révéler l’ami à qui dire sans crainte le fond de notre pensée. Jésus lui-même a louangé une amitié sincère. «…je vous ai appelés amis, parce que je vous ai fait connaître tout ce que j’ai appris de mon Père. » (Jean 15)
(*) http://www.omiworld.org/fr/dictionary/dictionnaire-historique_vol-1_t/488/tempier-fran-ois-de-paule-henry/