DIEU CONNAIT NOTRE BONNE VOLONTÉ. IL EN TIENDRA COMPTE.

Qu’est-ce donc que cette poitrine dont tu ne parlais autrefois que pour en vanter les fibres? Voilà qu’à présent elle se fait sentir, et tu es obligé de te plaindre d’elle. Ménage donc davantage ta voix; tu cries trop lorsque tu prêches et même lorsque tu parles. Prends du lait ou quelqu’autre adoucissant; en somme, songe à faire feu qui dure.

Le père Jeancard, dans son zèle et son enthousiasme pour prêcher, s’était surmené au cours de la mission paroissiale à Saint-Rémy, et maintenant en souffrait. C’était l’histoire de pratiquement tous les Oblats dans les premiers temps : l’enthousiasme et l’amour pour les gens conduisant à un engagement excessif.

Je ne suis point surpris de ce que tu me dis de l’état des choses de Saint-Rémy, j’en étais si bien persuadé d’avance que mon projet avait été de faire commencer les exercices huit jours avant l’ouverture du jubilé, pour qu’on eût le temps de répondre à l’empressement de cette nombreuse population, mais, mais, mais! il faut toujours finir par là:
Hominem non habeo; ceux qui peuvent travailler en font déjà trop; il faut donc se contenter de moins. Dieu connaît notre bonne volonté, il nous en tiendra compte.

Lettre à Jacques Jeancard, 14 décembre 1829, EO VII n 341

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1 réponse à DIEU CONNAIT NOTRE BONNE VOLONTÉ. IL EN TIENDRA COMPTE.

  1. Denyse Mostert dit :

    Jacques Jeancard, un parmi plusieurs missionnaires à qui Eugène recommande la modération ! Le religieux qui s’était vanté jadis d’une poitrine aux « fibres » robustes, vient maintenant se plaindre d’une fatigue que ses propos ne laissaient nullement présager.

    Cela se passe en décembre 1829. Le fondateur se remet d’une maladie de plusieurs semaines. Lui, à qui on a tant prôné le repos, ne peut manquer d’en faire autant pour un religieux qui risque bien d’être un jour ou l’autre victime de sa fougue. En des mots aussi simples que percutants, il lui écrit : «Ménage donc davantage ta voix; tu cries trop lorsque tu prêches et même lorsque tu parles. Prends du lait ou quelqu’autre adoucissant; en somme, songe à faire feu qui dure. » Un langage de père de famille !

    Eugène d’ailleurs parle en connaissance de cause. Pendant sa longue convalescence, il a pu se pénétrer de la tendresse de Dieu qui veille sur ses enfants, leur imposant au moment voulu, le repos nécessaire. Il a ainsi compris le respect obligatoire par chacun de veiller attentivement à la santé physique qui lui a été accordée gratuitement. Et que le devoir premier est parfois de la préserver.

    Une recommandation qui s’applique tout autant à notre époque centrée sur le rendement. Qui parmi nous ne s’est jamais fixé un ‘’quota’’ dépassant ses capacités ? Que ce soit par conviction profonde ou désir de paraître, ou encore pour quelque autre raison, rien ne vient justifier l’abus de nos énergies et les conséquences d’une incapacité de notre part.

    « C’est l’amour que je veux, et non les sacrifices. » (Matthieu 9) Des mots à bien comprendre et à mettre en pratique. Car, il faut parfois plus d’amour pour accepter la modération qui permet d’avancer que l’enthousiasme excessif qui va un jour miner nos forces vives. Facile à dire. Un peu plus difficile à l’usage. Pourquoi ne pas accepter de bon coeur des temps de repos nécessaires et prendre conscience de la bonté de notre Dieu qui ne demande rien d’impossible ?

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