FAIRE FACE À LA MORT

Si je savais qu’il ne me restait que quelques heures à vivre, quelles seraient mes pensées ?

Eugène était tout le temps au chevet d’Hippolyte Courtès, mourant, et il se souvient des sentiments de l’homme faisant face à sa mort:

En attendant, on ne saurait être plus édifié des sentiments de ce précieux malade; il désire que je sois auprès de son lit pour s’entretenir avec moi des choses surnaturelles. Hier au soir, il me dit à ce sujet tout ce qu’il est possible de dire de plus parfait. Il envisageait sa dernière heure avec les sentiments d’un saint religieux et, je puis le dire, d’une âme pure, innocente et pleine de ferveur.
«J’ai toujours aimé notre bon Maître, me disait-il, et je dois avouer que je n’ai jamais pu le voir ou l’entendre offenser sans frissonner d’horreur; mais je voudrais encore l’aimer davantage et je lui ai bien dit que ma résolution était de ne jamais le contrister dans la moindre des choses et de le servir avec plus de fidélité encore dans la plus exacte observance de nos Règles. S’il doit en être autrement, je lui demande instamment de ne pas permettre que je guérisse, parce que je préfère la mort plutôt que de commettre la moindre faute délibérément.»
Tout cela, il le disait à voix basse, paisiblement, dans un grand calme d’esprit. Il convint aussi avec simplicité qu’il avait toujours eu dévotion pour son saint Ange gardien qui l’avait assisté bien souvent et préservé.
 Il fut question de la sainte communion qu’il avait déjà reçue plusieurs fois, mais qu’il désirait encore. Nous convînmes de la lui donner en viatique parce qu’il pensait qu’il devait y avoir des grâces particulières attachées à cette communion; je lui fis remarquer que cela était vrai pour tout le monde, mais plus encore pour nous qui renouvelons dans ce moment notre consécration à Dieu.

Lettre à Henri Tempier, 11 mai 1829, EO VII n 329

Le jour suivant, le p. Courtès commença à répondre au traitement et surmonta la crise – il vécu une vie missionnaire fructueuse pour encore 34 ans. Les profonds sentiments qu’il exprimait quand il croyait qu’il allait mourir restèrent des lumières qui le guidèrent le restant de sa vie.

 

« La mort est un dépouillement de tout ce qui n’est pas toi. Le secret de la vie est de « mourir avant de mourir » – et constater qu’il n’y a pas de mort. »  Eckhart Tolle

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Une réponse à FAIRE FACE À LA MORT

  1. Denyse Mostert dit :

    Les derniers moments du P. Suzanne sont encore tellement proches et voici qu’Eugène se trouve au chevet d. un autre de ses fils qu’il aime profondément ! On en envie de dire – trop de douleur en trop peu de temps !

    Eugène se confie au P. Henri Tempier. Eugène est édifié par l’attitude d’Hippolyte Courtès. Édifiants en effet les mots du malade ! « J’ai toujours aimé notre bon Maître… ma résolution était de ne jamais le contrister dans la moindre des choses… S’il doit en être autrement, je lui demande instamment de ne pas permettre que je guérisse, parce que je préfère la mort plutôt que de commettre la moindre faute délibérément.»

    C’est beau ! Trop beau pour moi me semble-t-il ! J’ose à peine effleurer l’idée de la mort, que tout, famille, amis, tristesse, joie, et tant de choses familières me seront enlevées… Une tentation de laisser-aller pourrait se faire jour s’il n’y avait, quelque part en moi, une incontrôlable mais bien réelle certitude que la mort n’a pas le dernier mot.

    Parce, depuis ma prime jeunesse, on m’a parlé de résurrection. Celle de Jésus, le fils de Marie. La résurrection dont les évangiles ne donnent que de vagues détails : le cercueil était vide, des hommes en peine ont fait route avec un inconnu, il a mangé avec eux, il est apparu aux siens rassemblés… L’écriture certifie qu’il était « différent »… que le reconnaître était de prime abord difficile sinon improbable. Pourtant, c’était bien le Maître qu’ils avaient aimé et suivi. Aujourd’hui encore, peut-on vraiment croire que l’homme qui faisait accourir les foules, guérissait les malades, mangeait avec les pécheurs, parlait de miséricorde, soit allé sans but précis vers la plus misérable des morts ?

    Et puis, il existe en moi un vif sentiment de communion avec ceux qui m’ont quittée… Ce qui ne m’empêche nullement de ressentir un grand malaise à l’idée de la mort. En tout cas en ce moment. Laissons l’avenir venir…

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