LES MISSIONS PAROISSIALES : L’IMPORTANCE DU CHANT

La dernière section du livre de prières et d’hymnes comportait des hymnes en langue provençale. Ils avaient rapport avec chacun des thèmes majeurs de la mission et enseignaient le Crédo, les commandements de Dieu, de l’Église, et plusieurs autres éléments d’instruction, de telle sorte qu’ils pouvaient être confiés à la mémoire par le biais d’une constante répétition dans le chant.

À cause de l’importance de chanter durant les missions, Eugène voulait que les chants soient tout à fait instructifs et fermes.

… Dans les missions, je vous recommande les cantiques à refrain…que le peuple puisse répéter. Je tiens à ce qu’il y ait des refrains que tout le peuple puisse chanter, rien de plus. Je ne trouve rien de plus fatigant que d’entendre quelques voix isolées qui vous ennuient de leurs accords sans qu’on puisse entendre un seul mot de ce qu’elles prononcent. C’est l’antipode de la dévotion. La musique, dans ce cas, loin de porter à Dieu, en détourne les âmes. On languit au lieu de prier dans un moment si précieux. On préfère prier avec ferveur sans être distrait par le chant. Aussi je voudrais supprimer, dans nos missions, toute adoration, tout cantique dont le refrain ne pourrait être répété par toute l’assistance. Je tiens donc aux cantiques à refrain, parce qu’il faut que tout le monde chante en mission. Qu’on éloigne aussi de nos recueils de cantiques ces expressions ridicules et déplacées d’amour; il faut des couplets très expressifs et inspirant la piété.

Lettre à Jean-Baptiste Mille, le 6 avril 1837, E.O. IX n.611

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Une réponse à LES MISSIONS PAROISSIALES : L’IMPORTANCE DU CHANT

  1. Denyse Mostert dit :

    1813. Le célèbre sermon de la Madgdeleine n’est pas resté un phénomène unique. Pour que tous les rescapés de la Révolution puissent tirer profit de la mission, les instructions vont désormais se faire en provençal.

    Pour ceux qui suivent attentivement l’histoire des missions de Provence, l’initiative d’Eugène de Mazenod, tout en restant digne d’admiration, finit par sembler chose familière. Un peu la force de l’habitude en fait…

    Ce matin pourtant, l’introduction d’hymnes dans le langage du pays me refait un étonnement tout neuf. Il me suffit d’imaginer l’immense stupéfaction des paroissiens de mon village s’ils avaient découvert, dans une nouvelle version de leur « Hosannah », une série de chants en wallon ! Les commentaires n’auraient certes pas manqué de fuser de toutes parts. Il est fort à parier que beaucoup d’Ardennais auraient été heureux de pouvoir enfin chanter leur Dieu de la même manière qu’ils s’adressaient à lui dans leur cœur.

    Qu’on me pardonne de reproduire ici un des nombreux souvenirs de l’arrière-grand-mère qui a pris soin de mes jeunes années.

    « Elle vit en wallon avec toutefois une base de français. Tous les soirs, je la vois prendre un tout petit livre, en lire fidèlement les prières imprimées en gros caractères. Puis suivent les invocations spontanées pour les défunts dont les images mortuaires habitent le petit missel… et pour tous les autres… pour lesquels le wallon refait surface. « Dji prie po m’papa è po m’mame, dji prie po Djoseph, po mes frés, po mes sours è mes belles-sours, è mes bès-frés, que l’Bon Dju les aie tortos ol glwère dus’s Paradis, et nos autes qwand non’irans du’c monde-ci. Amen. »

    « Je tiens à ce qu’il y ait des refrains que tout le peuple puisse chanter, rien de plus», écrit Eugène de Mazenod. Et de souligner cette déclaration avec un argument digne de l’impétuosité toute méridionale qu’on lui connaît. « Je ne trouve rien de plus fatigant que d’entendre quelques voix isolées qui vous ennuient de leurs accords sans qu’on puisse entendre un seul mot de ce qu’elles prononcent ». Situation que quelques-uns ont peut-être vécue lorsque les vocalises superbes d’un ‘rossignol’ isolé voulait imprimer à un chant une ferveur perçue par lui seul !

    Pour le Fondateur, homme sage et déterminé, aucune place non plus pour les « expressions ridicules et déplacées » et l’émotion toute épidermique qu’elles peuvent procurer.

    L’Évangile nous rapporte la question d’un disciple à Jésus : « Seigneur, apprends-nous à prier ». (Luc 11,1-4) Il est fort à parier que la même demande adressée à saint Eugène recevrait une réponse analogue à celle du Messie : « Quand vous priez, dites : Notre Père… », nous dirait-il … N’est-ce pas là la prière par excellence ? Prière de confiance, prière de pardon, prière d’un amour bien enraciné dans le quotidien.

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