L’ANGOISSE ET LA FOI D’EUGENE

Dans son journal personnel, Eugene révèle la profondeur de son angoisse face à la mort soudaine et tragique du père Joseph Richaud, âgé de 32 ans, et sa confiance en Dieu pour faire face au choc.

Les détails de cette catastrophe sont déchirants. La chute a été suivie presque immédiatement de la mort. Dans quelques heures ce bon père a expiré au milieu de ses frères et de tout le séminaire éplorés. Qui redira l’amertume de notre douleur ! Mon Dieu ! il vaut mieux se taire dans le silence d’une résignation que Vous seul pouvez accorder, car la nature en nous est bouleversée sous les coups redoublés de Votre sévère conduite. Je me hâte de le répéter: que Votre volonté sainte s’accomplisse sur nous, éclairez notre marche au travers de ce grand mystère de Votre providence. Que rien ne nous décourage dans cette voie incompréhensible à nos faibles lumières. Vous nous appelez pour travailler de toutes parts dans Votre vigne, nous répondons à Votre voix, chacun se met à l’oeuvre et fait tous ses efforts pour se multiplier, car le travail est au-dessus de nos forces. Les bénédictions s’ensuivent, le bien s’opère merveilleusement. Tout à coup, et coup sur coup, Vous nous enlevez les moyens de continuer Votre oeuvre, et personne autre que nous ne peut s’en charger. Mystère, mystère: Je Vous adore, ô mon Dieu, sous ce voile, comme j’adore Votre Trinité dans Votre Unité, comme je Vous adore et je Vous aime caché sous les voiles qui Vous dérobent à mes yeux dans le sacrement de l’eucharistie. Mais Seigneur, si toutefois j’étais l’obstacle à l’accomplissement de Vos desseins, Vous savez que je n’ai pas attendu ce jour pour Vous supplier de l’enlever. Combien de fois ne Vous ai-je pas dit et je Vous le répète de nouveau: faites de moi ce qu’il Vous plaira in manibus tuis sortes meae [Ps 31, 16: Mes destinées sont dans tes mains].

Journal d’Eugène de Mazenod, 14 janvier 1837, EO XVIII

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1 réponse à L’ANGOISSE ET LA FOI D’EUGENE

  1. Denyse Mostert dit :

    L’ANGOISSE ET LA FOI D’EUGENE
    Journal d’Eugène de Mazenod, 14 janvier 1837,

    1837 continue à apporter bien de la peine à la Congrégation. Ainsi, au début janvier, le P. Richaud s’en va faire son travail d’économe au séminaire d’Ajjaccio. Un voyage dont il ne reviendra pas. Personne ne sait ce qui lui est arrivé; le fait est qu’on « finit par le trouver inanimé sur le bord de la route, tandis que sa monture broutait paisiblement l’herbe du talus voisin. » Le P. Richaud décède le lendemain. Il avait 32 ans.

    C’est à son journal du 14 janvier qu’Eugène confie les sentiments que lui apporte cette mort subite. Il choisit la résignation silencieuse devant ce qu’il appelle « la sévère conduite » de Dieu. Il ira même d’un reproche qui ne peut laisser le Seigneur indifférent. « Vous nous appelez pour travailler dans Votre vigne… les bénédictions s’ensuivent… le bien s’opère et tout à coup… » et il mentionne la difficulté d’accomplir alors l’œuvre pour laquelle chaque Oblat était désigné.

    Il prononcera alors un douloureux acte de soumission. « Vous ai-je pas dit et je Vous le répète de nouveau: faites de moi ce qu’il Vous plaira in manibus tuis sortes meae [Ps 31, 16: Mes destinées sont dans tes mains].

    Fut-on un Oblat voire même un futur saint voici une adhésion incroyablement difficile. Nous savons tous que c’est la seule manière de continuer à vivre en chrétien, de recouvrer petit à petit l’énergie laissée en chemin et de continuer ainsi l’œuvre de Dieu.

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