TOUT LE MONDE DIRA QUE J’AI VENDU MON ADHESION POUR UN SIEGE

Eugène continue d’exprimer son angoisse devant la situation dans laquelle il se trouve. Le roi était disposé à offrir une réconciliation, mais le prix à payer pour que son statut épiscopal soit reconnu était d’accepter un diocèse.

La pensée qu’on aura pu s’arrêter à Paris au projet de me proposer un siège me trouble et ne me laisse plus de repos. Ma répugnance pour entrer dans cette carrière à l’âge de cinquante-quatre ans, avec mes goûts actuels, et dans la position où je me trouve à l’égard du Gouvernement et de toute l’Eglise, est insurmontable; il y va de ma conscience, de mon bonheur et de mon honneur. Ma conscience exige impérieusement que je repousse de toutes mes forces le fardeau: d’autant plus qu’il est indubitable que, malgré toute la bonne volonté du monde, et si vous voulez même, avec l’instinct des devoirs de l’épiscopat, et dusse-je faire des miracles, je ne pourrai jamais obtenir des résultats satisfaisants. Cela tient essentiellement aux préventions que l’on est parvenu à répandre partout contre moi…

Non seulement il avait accumulé contre lui de nombreux préjugés de la part des autorités politiques et de certains membres de l’Église, mais il risquait maintenant d’être accusé d’ambition personnelle, de sacrifier ses principes pour obtenir une promotion.

Ne voyez-vous pas encore que mon honneur serait aussi compromis que mon bonheur dans la nouvelle carrière où l’on veut me pousser? D’abord, tout le monde dira que j’ai vendu mon adhésion pour un siège, que c’est là où tendaient mes vœux, etc.
Le Gouvernement lui-même, me croyant capable de cette indignité, croira m’acheter à ce prix et se persuadera pouvoir exiger des complaisances que ma conscience et ma délicatesse se refuseraient également à lui accorder; et alors qu’arrivera-t-il?

Lettre à Henri Tempier, 25 août 1835, EO VIII n ° 537

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1 réponse à TOUT LE MONDE DIRA QUE J’AI VENDU MON ADHESION POUR UN SIEGE

  1. Denyse Mostert dit :

    Lettre à Henri Tempier, 25 août 1835

    Le même tourment pour Eugène : « La pensée qu’on aura pu s’arrêter à Paris au projet de me proposer un siège me trouble et ne me laisse plus de repos. », écrit-il au P. Tempier.

    Et les mêmes raisons d’incapacité reviennent à l’ordre du jour : ses 52 ans, son incapacité naturelle et par-dessus tout « la position où (il se) trouve à l’égard du Gouvernement et de toute l’Eglise ». Il souligne les « préventions que l’on est parvenu à répandre partout contre lui… » et ne veut en aucun cas prendre le risque « d’être accusé d’ambition personnelle, de sacrifier ses principes pour obtenir une promotion. » Il va plus loin encore en présumant que le Gouvernement lui-même, pourrait tenter par après de l’acheter, ce qui amènerait définitivement une fin de non-recevoir de sa part.

    Le caractère direct d’Eugène prend ici toute sa grandeur. Impossible par contre de taxer d’exagérés les termes que son expérience ne cesse de lui dicter. Voici une leçon de plus pour nous qui vivons à époque où des « pots-de-vins » se retrouvent souvent sur les tables de négociations.

    « Qu’arrivera-t-il alors » demande-t-il à Henri Tempier laissant deviner l’atmosphère pourrie qui pourrait régner sur le tout. Eugène de Mazenod : un exemple à prendre pour ceux qui veulent demeurer dans la droiture.

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