MA CARRIERE EST FINIE; JE N’AI NI ASSEZ DE FORCE, NI ASSEZ DE SOUPLESSE POUR EN COMMENCER UNE AUTRE

Revenant sur la suggestion qu’il accepte d’être évêque d’un diocèse, Eugene fait appel à deux arguments: il n’a plus l’énergie nécessaire pour administrer un diocèse et il est sous la responsabilité du Supérieur général des Oblats.

Evidemment votre amitié vous fait illusion en espérant tout concilier par un moyen désastreux pour moi. Ma carrière est finie; je n’ai ni assez de force, ni assez de souplesse pour en commencer une autre où je ne tarderais pas d’être abreuvé de toutes sortes de chagrins, compensés par bien peu de consolations…
Toutes mes réflexions m’amènent à conclure que je ne puis pas en conscience accepter un siège si on me l’offrait. Quelle école donc n’aurait-on pas faite si on avait laissé entrevoir le contraire! Je suis tellement établi dans cette conviction, qu’il n’y aurait qu’un précepte formel du Chef de l’Eglise qui pût vaincre mes justes répugnances, et alors je serais condamné à la vie la plus malheureuse, et qui serait certainement abrégée par les violences que je serais continuellement obligé de me faire. Ces répugnances viennent se joindre aux raisons de conscience qui doivent m’écarter de tout siège, lequel entraînerait nécessairement une double responsabilité pour moi.

Lettre à Henri Tempier, 23 août 1835, EO VIII n ° 536

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1 réponse à MA CARRIERE EST FINIE; JE N’AI NI ASSEZ DE FORCE, NI ASSEZ DE SOUPLESSE POUR EN COMMENCER UNE AUTRE

  1. Denyse Mostert dit :

    Lettre à Henri Tempier, 23 août 1835

    Eugène de Mazenod continue à refuser tout diocèse qu’on pourrait lui proposer. Le reste de sa lettre au P, Tempier peut passer pour le réquisitoire des choses qu’un évêque se doit de faire et pour lesquelles il prétend ne pas avoir les capacités. Et d’avouer pour conclure le tout : «Je n’ai ni assez de force, ni assez de souplesse pour en commencer une autre où je ne tarderais pas d’être abreuvé de toutes sortes de chagrins, compensés par bien peu de consolations… » Voici donc une fin de non-recevoir qu’il doit être assez difficile d’avouer car on a aussi sa fierté au 19ième siècle ! Une exception cependant : seul un ordre venant du Pape pourrait lui ferait accepter ce rôle pour lequel il pourrait se heurter à « la vie la plus malheureuse qui serait certainement abrégée par les violences qu’il (lui) serait continuellement obligé de (se) faire. »

    On ne peut en douter : la fatigue d’Eugène est bien réelle. Que, l’intérêt qu’il démontre pour sa propre personne laisse deviner aussi un abandon éventuel de poste qui pourrait donner lieu à bien des ennuis pour l’Église hiérarchique. Il reste à Henri Tempier de s’appuyer sur ces motifs que vient tempérer le rappel de l’amitié exceptionnelle qui l’unit à Eugène.

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