Eugène écrit au Père Courtès, supérieur de la communauté d’Aix, à propos d’un Oblat qu’il venait juste d’envoyer rejoinder cette communauté :
… Je sens bien, mon cher ami, que tu ne tireras pas grand parti du sujet que je t’ai envoyé dernièrement, aussi n’était-ce pas précisément un secours que je prétendais te procurer. Il a fallu le retirer de N.-D. [du Laus] parce que sa santé souffrait du froid cuisant qu’il fait dans cette contrée. Il s’était précédemment persuadé que le climat de Marseille ne valait rien non plus pour sa poitrine. Il ne nous restait donc plus à choisir et il fallait l’appeler à Aix. Il y est arrivé, et si j’en juge par sa lettre, il est dans la disposition de s’y bien conduire. J’espère qu’il tiendra parole, mais cette maudite nature, quand on l’écoute trop, expose les faibles à de rudes tentations. Or je crois devoir te dire, pour ta règle, que notre cher Frère est sujet à caution sur ce point. Il n’est pas croyable jusqu’où il a porté autrefois les précautions à ce sujet.
Cet Oblat qui se préoccupait de manière exagérée de sa santé, laisse à Eugène cette dure conclusion :
Il fallait qu’il regardât la mort comme un bien grand malheur et qu’il eût bien perdu de vue qu’elle nous ouvre les portes du ciel, pour s’imposer tant de sacrifices pour l’éviter.
Lettre à Hippolyte Courtès, le 7 janvier 1832, EO VIII n 413
De quels yeux dois-je voir à ma mort ?
Il existe des gens pour qui la santé devient une véritable obsession. Ainsi en est-il de ce Frère qui est envoyé au P. Hippolyte Courtès. Le cas décrit par Eugène semble profondément ancré dans sa vie. Au P. Courtès, il écrit : «Il a fallu le retirer de N.-D. [du Laus] parce que sa santé souffrait du froid cuisant qu’il fait dans cette contrée. Il s’était précédemment persuadé que le climat de Marseille ne valait rien non plus pour sa poitrine. » Ne reste donc que son transfert à Notre-Dame-du-Laus, vu la bonne foi qu’il manifeste.
Il faut reconnaître que nous sommes nombreux à traversons des périodes semblables. Qu’un dérèglement de notre santé ait lieu et tout de suite nous perdons une part de notre énergie à porter attention aux moindres symptômes, consulter des études, rencontrer parfois un professionnel de la santé, faire la connaissance de nuits blanches pour enfin découvrir que la mal était bénin et que beaucoup de nos inquiétudes s’avéraient inutiles. Il arrive hélas que certains malaises peuvent se transformer en maladie grave si on n’y prend garde, c’est alors le moment de suivre minutieusement le traitement indiqué.
Il est aussi des personnes capables de faire face harmonieusement à un problème de santé, capables aussi de le transformer en moyen de grandir dans la foi. C’est vers ce point qu’il faut tendre. Point de disparition du mal mais en tirer le plus de bien possible. La foi donnera alors un but à l’épreuve. Les moments plus difficiles seront offrande et rigueur dans le traitement notre tâche quotidienne.
« Il fallait qu’il regardât la mort comme un bien grand malheur », écrit encore Eugène. Je le comprends ce frère, comme nous tous il veut vivre. Finalement sans regarder la mort comme un cataclysme, je peux dire qu’il m’arrive de la craindre.
Une seule solution : garder Dieu présent à tous les instants de ma vie. Lui confier les moments présents et s’en remettre à lui pour ce qui adviendra. Une seule solution qui rendra notre vie fertile et plus confiante en notre appartenance à ce Dieu Père qui sait prendre soin de chacun de ses enfants.
Luc (11) décrit admirablement cette confiance amoureuse. « Quel est parmi vous le père qui donnera une pierre à son fils, s’il lui demande du pain? Ou, s’il demande un poisson, lui donnera-t-il un serpent au lieu d’un poisson? »