Écrivant à Tempier, de Billens et de la ferme que les Oblats possédaient maintenant comme séminaire, Eugène avait quelques frustrations sur le ‘manque de succès’ des Oblats en élevage !
Je n’entends rien au tripotage qu’ils ont fait pour leurs vaches; ils ont vendu celles qui donnaient du lait pour en acheter de plus jeunes qui ne rendent presque rien. Je n’ai pas encore approfondi ce mystère, mais je soupçonne que Mille a été la dupe du fermier qui n’a en vue que son intérêt, qui n’est pas toujours le même que le nôtre. En attendant, tous les achats de bestiaux, qui appartiennent en commun au maître et au fermier et qui devront être faits aussi à frais communs, l’ont été avec notre bel argent, ce qui augmente toujours la dette du fermier sans lui donner plus de facilité pour s’acquitter. Cependant, on ne peut pas faire autrement que d’acheter des vaches, parce qu’il faut faire manger le foin, presque unique production de ces contrées, mais je voudrais voir en dernier résultat du beurre et des fromages à vendre et l’on ne me montre rien que des bouses. En somme, je suis très mécontent sans savoir à qui m’en prendre positivement.
Lettre à Henri Tempier, le 22 août 1831, EO VIII n 401
À Billens les Oblats tentent de faire fructifier la ferme faisant partie de leur propriété. Lors de sa visite d’août 1831, Eugène découvre une transaction qui lui paraît bien douteuse. Le 22 août 1831, il en fait part à Henri Tempier, demeuré à Marseille. La lettre se termine par des mots bien en en rapport avec le bouillant fondateur. « Je voudrais voir en dernier résultat du beurre et des fromages à vendre et l’on ne me montre rien que des bouses »… » On devine qu’il va suivre soigneusement la suite des choses.
Un peu étrange de voir un prêtre, fondateur d’une Congrégation religieuse, canonisé de surcroît apporter tant de bon sens à régler les choses terrestres ! Du moins c’était ma pensée avant d’y réfléchir vraiment.
Suivons Eugène et sa famille dans un exode qui a duré des années. On y trouve la peur devant les autorités français, des fuites incessantes et, pour M. de Mazenod, l’obligation de se livrer à des expédients qui vont lui permettre de nourrir les siens. Eugène a grandi dans ce climat de course à l’argent. En grandissant, il a appris à évaluer puis à poser en toute connaissance de cause les actions nécessaires. Des nécessités semblables l’attendaient à son retour en France où il a tenté de rétablir une partie de la fortune des de Mazenod allant même jusqu’à chercher pour lui-même l’épouse bien pourvue qui hâterait la chose. Plus tard encore le jeune fondateur a connu les difficultés de la fondation des Missionnaires de Provence etc. Rien de plus logique donc que l’attention portée en 1831 aux choses autant temporelle que spirituelle qui se vivent à Billens.
Paraphrasant ici le « vrai Dieu, vrai homme » décerné au Fils de Dieu, on peut dire d’Eugène qu’il est un saint canonisé ayant gardé son humanité, que temporel et spirituel marchent de concert dans la fidélité à sa vocation.
À nous tous, il est important de demeurer ce que nous sommes : des chrétiens en marche vers le Seigneur au milieu des événements de notre quotidien. La force nous en est offerte. Combien édifiant ce chemin qui donne priorité à la voix intérieure qui ne cesse de nous habiter !