Au mois d’août, Eugène partit pour le scolasticat de Billens dans le but de vérifier les progrès de la Communauté et des études.
Nous fûmes aussi heureux les uns que les autres de nous revoir, après un an d’absence, et une conversation extra régulière s’établit presque malgré moi, mais par une sorte d’entraînement, jusqu’après onze heures…
Toujours préoccupé par le futur des Oblats dans le climat hostile de la France, il espérait établit une communauté missionnaire en Suisse.
J’ai fait connaissance en route avec un excellent Valaisan qui pourra m’être utile si je me décide, étant sur les lieux, à faire quelque chose dans son pays.
Faites prier les saintes Capucines, pour que je ne mette de ma part aucun obstacle à l’accomplissement de la volonté de Dieu, et pour que personne ne s’oppose au bien s’il doit s’opérer par cette voie, mais j’entrevois de grandes difficultés toutes les fois qu’il s’agit d’établir quelque chose de nouveau en pays étranger.
Lettre à Henri Tempier, le 19 août 1831, EO VIII n 400
Depuis presque un an, le Vicaire général a repris sa tâche à Marseille. Il est donc normal d’aller voir sur place l’évolution des novices réfugiés à Billens.
De Suisse, Eugène confie à Henri Tempier la joie des retrouvailles et la « conversation extra régulière » qui s’établit presque à son insu avec les novices. Les sujets sont nombreux. Normal de se souvenir des moments difficiles autant que de parler d’une adaptation qui semble bien se dérouler !
Évoquant « les grandes difficultés toutes les fois qu’il s’agit d’établir quelque chose de nouveau en pays étranger », Eugène compte sur la prière des « saintes capucines », ces religieuses qui suivent la même règle que les capucins. Que, malgré les conditions difficiles possibles, demande-t-il, personne ne s’oppose à la volonté de Dieu.
Venant d’Eugène ces paroles sont normales. Il nous arrive à nous aussi de faire cette même demande qui ne nous semble par ailleurs pas toujours exaucée. Dieu qui entend nos prières n’attend de nous qu’assez de foi pour éviter de nous tourner vers la facilité. Il est avec nous, il nous donne le secours nécessaire. À nous de prioriser nos actions selon nos principes, dussent-elles se révéler parfois bien pénibles à accepter.