Suis-je serein à la perspective de la mort ?
Le biographe d’Eugène, Rey, raconte l’évolution de sa maladie :
Il s’en fallait que les enfants du P. de Mazenod, le P. Tempier surtout, partageassent cette quiétude; leur piété filiale, au contraire, commençait à s’alarmer…
Son mal, à lui, empirant de plus en plus, il dut s’aliter: une très forte fièvre se déclara peu de jours après et les médecins ne dissimulèrent plus la gravité des symptômes qu’elle présentait. Le malade comprit le danger de sa situation; aussi se préoccupait-il moins de la maladie du corps que des intérêts de son âme et de la Société dont il était le Père. Une nuit que le redoublement de la fièvre avait été plus violent, il refusa de fermer l’œil un seul instant, voulant, disait-il employer plus utilement le peu d’instants qu’il lui restait à vivre.
Rey I p. 469
Trente deux ans plus tard, dans la nuit précédent sa mort, Eugène, alors âgé de 79 ans, donna à ceux qui l’entouraient ces instructions :
“ Si je viens à m’assoupir ou que je sois plus mal, éveillez-moi, je vous en prie, je veux mourir en sachant que je meurs.”
Quelques heures avant sa mort, il dit encore :
“ Oh ! comme je voudrais me voir mourir, pour bien accepter la volonté de Dieu !”
(Rey II p. 857)
C’était les sentiments d’une personne qui avait passé sa vie donnant tout pour son Sauveur, et qui se réjouissait calmement d’être unie pour l’éternité à Celui qu’elle avait toujours aimé.
Quelle leçon pour nous, pour nous préparer dans nos propres vies à la rencontre sereine avec Notre Sauveur, dans la mort.
Mai 1829 – Eugène de Mazenod ne va pas mieux. Les pronostics des médecins se font de moins en moins rassurants. Les religieux, Henri Tempier inclus, commencent à s’alarmer. Nous voici loin de l’humour contenu dans la lettre au P. Tempier – qui sera d’ailleurs prélude à un long silence épistolaire.
Si le malade a conscience de la gravité de son état et vit des moments d’abattement, son inquiétude va d’abord vers la « Société dont il [est] le Père ». Ce qui va de soi pour qui connaît quelque peu le caractère du fondateur. Eugène n’est-il pas le religieux du don total et de la persévérance ? Et, comme tout va de pair, ne sera-t-il pas aussi le malade au caractère entier qui va donner du fil à retordre à ceux qui le soignent alors qu’une nuit de fièvre plus violente, « il [refuse] de fermer l’œil un seul instant, voulant, disait-il employer plus utilement le peu d’instants qu’il lui restait à vivre. »?
Trente deux plus tard, à la veille de sa mort, il aura aussi ces mots. : “ Oh ! comme je voudrais me voir mourir, pour bien accepter la volonté de Dieu !” (Rey II p. 857) On peut dire de notre fondateur que sa foi en Dieu n’était pas un vain mot, qu’il a su demeurer lui-même fut-ce dans les conditions les plus difficiles.
Incapable à l’heure qu’il est de regarder de face l’inéluctable qui nous attend tous, je me contente de vivre chaque instant au mieux possible. Avec des incontournables
« bugs » mais aussi avec ma foi en Jésus qui a dit que la mort n’avait pas le dernier mot. Cette tenace espérance tempére les peurs qui quelquefois me tenaillent. Et puis il y a saint Eugène, le modèle au caractère bouillant mais doté de la persévérance, objet du 4ième vœu des Oblats de Marie Immaculée…
En ces temps où l’État ouvre de plus en plus grand la porte à l’euthanasie, à l’eugénisme pourrait-on même dire, c’est bon d’avoir un sage, un saint, saint Eugène pour mettre les yeux à face des trous. Je ne sais pas si, le temps venu, je dirai ça… Cela prend du temps à passer de ce monde à l’au-delà.
Psragraphe 3, lire Trente deux ANS