UNE REQUÊTE D’ÉVÊQUE QUI NE CORRESPOND PAS À NOTRE CHARISME

Marius Suzanne, en convalescence après une sérieuse maladie, avait été approché par l’Évêque d’Aix pour devenir son secrétaire. Eugène ressentit vivement que cela ne répondait pas à  l’esprit des Oblats, et ainsi il écrivit au Père Courtès, le supérieur d’Aix, où Suzanne récupérait sa santé.

…Un palais et les soins d’un illustre Prélat, c’est trop pour un pauvre religieux qui aura besoin après sa convalescence de se remettre promptement à l’observance d’une vie régulière , s’il ne veut pas courir le risque de se damner. On serait bien à plaindre si on ne pouvait guérir que par cette voie.

Lettre à  Hippolyte Courtès, le 15 juillet 1827, EO VII n 272

À Marius Suzanne lui-même, Eugène indiqua son opposition, et aussi comment l’Évêque n’appréciait pas la pleine valeur de la vocation des missionnaires dans son diocèse.

On me propose de t’envoyer à S.-Antonin , dans la persuasion que dans ce poste honorable, où tu n’aurais qu’à faire la prière du matin et du soir, à dire la messe et à tenir compagnie au Prélat, tu pourrais retrouver toutes tes forces… La proposition est si sérieuse que vraisemblablement elle amènera une brouillerie quand on m’en parlera de nouveau… Ces offres ne sont pas propter Jesum tantum. Tu crois rêver en me lisant, il en est pourtant ainsi. Est-il possible qu’on connaisse si peu la dignité de notre profession. J’en suis toujours plus surpris. Ne l’oublions pas du moins nous-mêmes et que la sainteté de notre vie en impose au point de nous épargner l’humiliation de certaines faveurs..

Lettre à  Marius Suzanne, le 18 juillet 1827, EO VII n 273

Aujourd’hui, je vois cela comme une invitation à bien discerner les requêtes que nous recevons pour le ministère: comment certaines demandes concernant notre temps et notre énergie s’ajustent au point de vue Oblat ?

 

“Mes choix, incluant ceux qui concernent les aspects quotidiens de la vie, comme l’usage d’une voiture modeste, sont reliés à un discernement spirituel qui répond à un besoin qui surgit en regardant les choses, les gens et en lisant les signes des temps. Le discernement dans le Seigneur me guide dans ma façon de gouverner.”    Pape François

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One Response to UNE REQUÊTE D’ÉVÊQUE QUI NE CORRESPOND PAS À NOTRE CHARISME

  1. Denyse Mostert says:

    Lettre à Hippolyte Courtès, le 15 juillet 1827
    Lettre à Marius Suzanne, le 18 juillet 1827

    Le P. Marius Suzanne maintenant en convalescence est « approché » par l’Évêque d’Aix pour occuper auprès de lui les fonctions de secrétaire. On ne sait rien de sa réaction. Par contre la position d’Eugène de Mazenod est claire. Il n’est pas d’accord et tient à le faire savoir à toutes les personnes impliquées dans l’affaire.

    Dès qu’il s’agit de fidélité au charisme de la Congrégation, le Fondateur est intraitable. À Hippolyte Courtès, supérieur du P. Suzanne, il écrit : « Un pauvre religieux » qui a fait vœu de se dévouer aux pauvres n’a nul besoin « …d’un palais et des soins d’un illustre Prélat … pour se remettre promptement à l’observance d’une vie régulière… »

    Et, trois jours plus tard à l’intéressé lui-même : « On me propose de t’envoyer à S.-Antonin , dans la persuasion que dans ce poste honorable, où tu n’aurais qu’à faire la prière du matin et du soir, à dire la messe et à tenir compagnie au Prélat, tu pourrais retrouver toutes tes forces… » Aberrante pour le Fondateur cette offre tellement contraire à la vie religieuse des Oblats ! Eugène sent poindre « un brouillerie » à la simple idée d’en entendre parler encore!

    Demeurer fidèle aux CC&RR est bien sûr le chemin tout tracé pour ceux qui s’y sont engagés librement. Ce qui ne rend ni sourd ni muet à des offres avantageuses venues d’ailleurs. On s’avancerait en les disant nuisibles aux vœux religieux prononcés. Elles pourraient par contre conduire à une vie où honneurs et confort affadiraient quelque peu l’option pour les pauvres et les sacrifices s’y rattachant.

    Comme il en est d’ailleurs dans toute existence, il arrive que des choix difficiles s’imposent. Les décisions ne se prennent alors qu’après une réflexion dans laquelle notre choix fondamental a la première place. Avec le plus souvent des renoncements à la clé mais aussi une paix intérieure qui nous affermit dans la fidélité à notre vocation.

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