FINANCES: CE SONT MES HABITS QUI ME TROUBLENT.

Eugène était miticuleux concernant les dépenses inutiles pour lui-même. Écrivant à Tempier de Rome, il donne un aperçu des étapes où sa frugalité l’a conduit.

Avec cet argent j’ai payé mes dettes, c’est-à-dire deux mois de pension alimentaire dans la maison que j’habite…
Ce qui me met en peine, ce sont mes habits. Il faut voir comme je les ménage. Je profite du temps sec pour finir d’user mes vieilles culottes, qui sont percées aux deux genoux, entre les jambes, devant et derrière, mais la soutane tape tout. Quand il pleut, il faut relever ce tape-tout, et alors on y verrait trop clair. J’ai trop de chemises de moitié, mais en revanche les bas font mon tourment; chaque fois que je les mets, je suis obligé d’y faire des trous. Si je n’étais pas obligé de paraître tous les jours chez quelque Cardinal, je ne quitterais pas ma mauvaise soutane, dont mon beau manteau cacherait les rides; je la mets le matin avant de sortir. Il ne faut rien moins que l’amour de la pauvreté pour me faire faire trois toilettes par jour, car le soir, en rentrant, je change encore une fois. C’est que je crains de n’être qu’à la moitié de mon temps.

Lettre à Henri Tempier, le 28 janvier 1826, EO VII n 221

 

“Notre vie de pauvreté est aussi nécessaire que notre travail lui-même. Seulement au ciel pourrons-nous voir ce que nous devons aux pauvres pour nous aider à mieux aimer Dieu à cause d’eux.”     Mère Teresa

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Une réponse à FINANCES: CE SONT MES HABITS QUI ME TROUBLENT.

  1. Denyse Mostert dit :

    Rome 28 janvier 1826 – Lettre à Henri Tempier

    Eugène revient sur cet argent dont il est déjà question dans sa lettre du 20 janvier. Les conseils de modération qu’il donne à ses Oblats, il les applique lui-même à la lettre.

    Ses propos concernent aujourd’hui sa propre façon de s’habiller. Bien sûr, s’il n’était appelé à « paraître tous les jours chez quelque cardinal », il est fort à parier que sa tenue vestimentaire ne poserait pas tant de problèmes. Mais on le sait, si l’habit ne fait pas le moine, il est bon de donner une impression favorable à celui chez qui on vient solliciter une faveur. Le fils de l’ancien Président de la Cour des Comptes connaît l’importance d’une bonne apparence. Le Fondateur en quête des appuis qui vont pouvoir mener à une approbation de la Congrégation ne l’a pas oublié.

    La pension alimentaire payée, il ne reste à Eugène qu’à composer au mieux avec la garde-robe usée qui lui reste. Se peut-il qu’à la lecture des détails, le P. Tempier ait trouvé urgent d’envoyer quelque subside pour pailler le plus urgent ? Parce que, sans aucun doute, urgence il y a qui apparaît clairement dans la description pointilleuse mais humoristique d’Eugène. « Je profite du temps sec pour finir d’user mes vieilles culottes, qui sont percées aux deux genoux, entre les jambes, devant et derrière, mais la soutane tape tout. Quand il pleut, il faut relever ce tape-tout, et alors on y verrait trop clair. J’ai trop de chemises de moitié, mais en revanche les bas font mon tourment; chaque fois que je les mets, je suis obligé d’y faire des trous. »

    Petite expérience féminine. Le souvenir de ces jours de sortie où, devant son miroir, on essaie l’une après l’autre, les toilettes de sa garde-robe… Et de l’éternel « je n’ai rien à me mettre » qui fait sourire bien des maris ! Futilité, car généralement le seul embarras est celui du choix…

    Mais cela suffit à comprendre l’importance accordée par Eugène à la toilette susceptible de plaider en sa faveur auprès des prélats romains. Sans en faire un absolu, il faut tout de même reconnaître qu’il s’agit là d’un atout non négligeable. Le Fondateur sait tout cela en même temps que son vœu de pauvreté l’incite à faire le maximum pour ne pas dépenser inutilement l’argent d’une Congrégation par ailleurs pas très riche.

    Irritant supplémentaire tout de même mais bienheureuse ingéniosité qui permet de « sauver la face » tout s’ajustant aux circonstances. Et il est fort à parier qu’une fois rentré chez lui, Eugène retrouve avec soulagement « sa mauvaise soutane ».

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