GUIDER LES OBLATS PAR LE BIAIS DES SUPÉRIEURS LOCAUX

À mesure que les centres de mission augmentaient et se développaient, Eugène prenait un soin particulier à communiquer régulièrement avec leurs supérieurs de façon à assurer que tout était fait en conformité avec l’esprit de la Congrégation, et pour le bien de la mission dans son ensemble. Écrivant au supérieur de la nouvelle communauté établie à Nîmes :

J’ai porté hier votre lettre à Mgr l’Evêque, très cher père Mye; il l’a lue devant moi et a paru touché des sentiments qu’elle exprime. Ce Prélat très recommandable, et plein du désir du bien, ne demande pas mieux que de vous employer, selon que votre zèle paraît le souhaiter.

Les missions de paroisse prolongées en langue provençale ne se tenaient ordinairement que durant les mois d’hiver, entre Octobre et Avril. Pendant le reste de l’année, l’on trouve les communautés se concentrant sur de courtes évangélisations et des activités de renouveau, comme les retraites. Il semble que c’était là particulièrement le cas de Nîmes.

Eugène exprime son souci que l’inexpérience de Honorat pourrait le mener à risquer le succès de deux retraites qu’ils menaient. Mie était un prédicateur plus âgé et expérimenté, et il serait alors un meilleur candidat pour une situation dans laquelle tous les gens attendaient pour juger les missionnaires nouvellement arrivés :

En attendant, je vois avec quelque peine que notre très cher p. Honorât se soit mis en avant, soit à la retraite de Saint-Baudile, soit à celle des hommes à la cathédrale. Il n’a pas assez travaillé les instructions qu’il a pour se risquer dans une grande ville, surtout au commencement de notre établissement. Il fallait empêcher cela. Vous connaissez la solidité des principes de ce cher Père, on peut tout lui dire sans crainte; n’agissant que pour Dieu, il s’en rapporte avec simplicité à tout ce que lui prescrit l’obéissance.

Lettre à Pierre Mie, 19 juin 1825, EO VI n. 183

À Honorat lui-même, il écrivait :

Je disais au p. Mye que je n’aurais pas voulu que tu donnasses des sermons dans la retraite dont le f. Guibert s’était chargé. Ce n’était pas le cas pour plusieurs raisons. Je ne me souciais pas que tu te fasses entendre à Nîmes avant d’avoir travaillé davantage tes instructions et les avoir corrigées sur les remarques que ceux de la famille auraient pu te faire. Il était aussi bien important de bien faire cette retraite des détenus.

Lettre à Jean-Baptiste Honorat, juin 1825, EO VI n. 186

 Pour une autre sorte de retraite qu’ils considéraient, Eugène avisait Mie :

Il faut donc entreprendre quelque autre chose à cette époque et prendre comme excuse, pour refuser, que nous n’avons pas encore commencé ce genre de ministère et que nous ne pouvons y concourir et nous en occuper qu’après une mesure générale prise pour toute la Société.

Lettre à Pierre Mie, 19 juin 1825, EO VI n. 183

 

« Le secret du succès est un bon leadership, et un bon leadership se concentre sur le fait de rendre meilleure la vie des membres ou des ouvriers de votre équipe. »     Tony Dungy

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1 réponse à GUIDER LES OBLATS PAR LE BIAIS DES SUPÉRIEURS LOCAUX

  1. Denyse Mostert dit :

    C’est chose faite. La lettre des Oblats de Saint-Charles a été remise par le Fondateur lui-même à l’Évêque de Nîmes. La collaboration commence sous de bons auspices. « Ce Prélat…, confirme Eugène, ne demande pas mieux que de vous employer, selon que votre zèle paraît le souhaiter. »

    D’un autre côté, le P. Honorat ne semble pas avoir compris les recommandations de modération qui lui ont été faites. C’est au P. Mie, que vont d’abord les doléances du Fondateur. « Il n’a pas assez travaillé les instructions qu’il a pour se risquer dans une grande ville, surtout au commencement de notre établissement. » Raisons on ne peut plus claires comme l’est aussi la remarque au Supérieur: «Il fallait empêcher cela. » D’autant plus que [Jean-Baptiste Honorat] « s’en rapporte avec simplicité à tout ce que lui prescrit l’obéissance » !

    Et à l’intéressé lui-même : « Je disais au p. Mie que je n’aurais pas voulu que tu donnasses des sermons dans la retraite dont le f. Guibert s’était chargé. »

    Au P. Mie encore, Eugène rappelle la prudence et le loisir d’évoquer si nécessaire l’obligation d’ « une mesure générale prise pour toute la Société. »

    Avec Eugène de Mazenod, chacun reçoit sa vérité. On sait qu’elle peut être aussi difficile à dire qu’à entendre, mais que la bonne entente est à ce prix. Loin des quiproquos et autres mésententes suite à des propos fumeux et imprécis, tout devient clair pour tous.

    Le bien de la mission ne justifie-t-il pas un brin d’amour-propre froissé ? Et la paix ne vient-elle pas dès lors prendre la place d’une acceptation parfois difficile ?

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