JE ME SENTIRAI OBLIGÉ DE QUITTER LA TABLE ET DE ME RETIRER, CAR JE NE PUIS PRENDRE PART À UN SCHISME

Pour comprendre quelques-unes des positions adoptées par Eugène, nous devons nous rappeler que l’Église de France, après la Révolution, était dans un état désordonné. Plusieurs prêtres et religieux avaient été tués, d’autres avaient fui hors du pays, et d’autres étaient demeurés en France et coopéraient avec les autorités elles-mêmes qui s’étaient appliquées à détruire l’Église catholique romaine. Lorsque Napoléon s’empara du pouvoir absolu, il voulut avoir le droit de nommer les évêques de France. Le Pape Pie VII refusa, et il fut en conséquence emprisonné par l’Empereur.

Incapable donc de « créer » des évêques, Napoléon mit la main sur ceux qui existaient déjà et les plaça dans les diocèses de son choix. L’Archidiocèse d’Aix était l’un d’entre eux, et Napoléon envoya l’Évêque de Metz pour reprendre l’Archidiocèse. Eugène avait de forts sentiments au sujet de cette usurpation de l’autorité du Pape par Napoléon. Leflon décrit ainsi à ce sujet un incident qui eut lieu à Aix en Provence :

Au cours d’un dîner solennel, où un vénérable chanoine affectait d’appeler M. Jauffret ‘Monseigneur l’archevêque’,
« Monseigneur, je proteste contre ce titre, déclara Eugène en se levant, bien persuadé que Votre Grandeur proteste elle-même. S’il en allait autrement, je devrais quitter la table et me retirer, car je ne saurais adhérer à un schisme. »
On devine la stupéfaction de tous les convives. Mgr Jauffret répondit aussitôt, avec beaucoup de calme et non sans quelque courage : «M. l’abbé de Mazenod a raison. Je ne suis point archevêque d’Aix, mais seulement administrateur capitulaire» Malgré cette algarade, à laquelle le prélat sut répliquer de façon si heureuse, les rapports entre Eugène et celui-ci demeurèrent excellents. Mgr Jauffret n’était venu en Provence qu’à son corps défendant, un an après sa nomination par l’Empereur, sur l’ordre exprès de Napoléon et avec l’espoir d’obtenir enfin du Pape son institution canonique.

Jean Leflon, « Eugène de Mazenod… » Volume 1, p.429

 L’Évêque avait été généreux dans sa réponse, mais l’intransigeance du nouvel ordonné Eugène et son algarade publique lui méritèrent les critiques de quelques-uns des prêtres locaux

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Une réponse à JE ME SENTIRAI OBLIGÉ DE QUITTER LA TABLE ET DE ME RETIRER, CAR JE NE PUIS PRENDRE PART À UN SCHISME

  1. Denyse Mostert dit :

    Pie VII refuse-t-il à Napoléon « le droit de nommer les évêques de France » ? Ce dernier va alors considérer les diocèses comme l’échiquier sur lequel il pourra les déplacer à sa guise. Ce qui n’a pas l’heur de plaire à beaucoup et spécialement à Eugène de Mazenod dont ont connaît l’absolu dévouement à l’Église.

    Le Dictionnaire des Valeurs oblates nous le rappelle : « Quand il écrivit la Règle pour la Congrégation naissante, sa première pensée va à l’Église: «L’Église, ce bel héritage du Sauveur, qu’il avait acquis au prix de tout son sang, a été ravagée, de nos jours, d’une manière cruelle … (*)

    Un tel attachement justifie bien l’opposition du Fondateur lorsque l’Empereur, faisant fi de l’autorité de Rome, octroie à M. Jauffret, ci-devant évêque de Metz, le titre d’archevêque d’Aix. C’est ainsi qu’Eugène écrit à son ami et confident Forbin-Janson : « J’avoue que je ne suis pas son partisan et je ne serai jamais de ceux qui s’écarteront des règles de l’Église et qui seront aussi peu capables que lui de faire le bien… » (**)

    L’incident qui suit en dit long sur la droiture exceptionnelle d’Eugène de Mazenod. Il faut en effet un courage certain pour, « au cours d’un dîner solennel », apostropher « un vénérable chanoine [qui affectait] d’appeler M. Jauffret ‘Monseigneur l’archevêque’», et lui déclarer tout de go en se levant : « Monseigneur, je proteste contre ce titre… bien persuadé que Votre Grandeur proteste elle-même. S’il en allait autrement, je devrais quitter la table et me retirer, car je ne saurais adhérer à un schisme. »

    Combien d’entre nous auraient osé une telle déclaration, du moins publiquement ? En fait, que faut-il admirer le plus de l’audace du Fondateur ou de la simplicité de M. Jauffret qui remet tranquillement les choses à leur place ? L’une et l’autre probablement.

    Comme aussi on peut comprendre que « l’algarade publique » à l’endroit de M. Jauffret n’ait pas fait l’unanimité dans l’entourage d’Eugène. Et que la persévérance du Fondateur a souvent été soumise à rude épreuve.

    (*) http://omiworld.org/dictionary.asp?v=10&vol=1&let=E&ID=1096
    (**) http://omiworld.org/dictionary.asp?v=6&vol=1&let=J&ID=249

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