LES MISSIONS PAROISSIALES : LES CONFESSIONS – J’AI RASSURÉ CE BRAVE HOMME ET JE L’AI RENVOYÉ HEUREUX

Quarante ans plus tard, Eugène raconte un incident survenu durant la Mission de Grans, qui donne une indication du genre d’approche que les missionnaires pratiquaient vis-à-vis des gens :

Un homme que j’avais confessé, et qui, comme les autres, avait promis de ne plus blasphémer, vint un jour me trouver dans un état de confusion à faire de la peine. -Qu’avez-vous donc, mon ami, lui dis-je, pour être si triste? -Hélas! mon père, me répondit-il en provençal, m’en a esquia un. Il voulait parler d’un blasphème qui lui était échappé malgré lui. Mais, ajouta-t-il, je m’en suis donné de la belle façon. Voici comment. Le brave homme allait à son champ, faisant marcher devant lui son âne chargé de fumier. Tout à coup l’animal regimbe et jette à bas sa charge. Dans le premier moment de colère, mon pauvre homme, pris au dépourvu, laissa échapper un de ces mots qui lui étaient familiers avant sa conversion; mais à peine l’eut-il proféré qu’il s’aperçut de ce qu’il crut être une grande faute. Il se saisit de son fouet, et, après en avoir administré quelques bons coups à l’âne, cause de tout ce malheur, il s’en donna à lui-même à toute force, comme si on lui avait appris ce que c’était que se donner la discipline; c’était, me disait-il, pour se punir et être plus retenu une autre fois. Je rassurai ce brave homme et le renvoyai content, et moi je demeurai stupéfait d’édification.

Journal, le 5 septembre 1857, E.O. XXII

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One Response to LES MISSIONS PAROISSIALES : LES CONFESSIONS – J’AI RASSURÉ CE BRAVE HOMME ET JE L’AI RENVOYÉ HEUREUX

  1. Denyse Mostert says:

    Vraiment, voici une anecdote bien révélatrice !

    « M’en a esquia un », avoue le paysan provençal. Outré par l’attitude rétive de son âne il a laissé échapper un de ces jurons dont il était coutumier avant le passage des missionnaires. Sitôt commis ce qu’il considère comme un blasphème, le plus grand chagrin le saisit. Il lui faut absolument confesser la faute qu’il regrette si amèrement.

    Après « avoir administré quelques bons coups à l’âne, cause de tout ce malheur, il s’en donna à lui-même à toute force… pour se punir et être plus retenu une autre fois », confie-t-il encore à Eugène de Mazenod.

    Il y a bien là de quoi demeurer « stupéfait d’édification » d’un geste qui dit mieux que toute parole le grand désir de l’homme de vivre désormais en enfant de l’Église.

    On devine aussi la reconnaissance qui a jailli du cœur du Fondateur devant une manifestation aussi énergique du travail de la grâce en terrain de mission.

    « Je rassurai ce brave homme et le renvoyai content », écrit Eugène. Au milieu d’une époque où sévit le jansénisme le plus strict, les missionnaires des pauvres gardent au cœur cette parole de l’ancien Testament. « C’est l’amour que je veux et non les sacrifices ». (Os. 6.6)

    Ils sont loin les temps où on nous présentait le Dieu Vengeur toujours prêt à châtier le moindre de nos manquements ! Le monde depuis a continué à tourner, s’y croisent toujours actions abominables et attitudes édifiantes. Le pessimisme semble de mise pour beaucoup. Plus que jamais on peut entendre la question du psalmiste : « où est-il ton Dieu ? » (Ps. 42,10)

    Où est-il notre Dieu sinon dans le cœur réceptif au langage de l’entraide, du pardon qui panse les blessures et ouvre le chemin à une espérance nouvelle ?

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