Dans ses notes de retraite précédentes, nous avons vu qu’Eugène, tout en utilisant la méthode de retraite ignacienne, refusait les méditations prescrites sur la notion d’enfer, qui lui faisaient venir à l’esprit des images d’horreur et de phantasmagorie.
12° J’admettrai volontiers aussi celle de l’enfer qui donnait peu de prise dans mes autres retraites, mais si je veux me la rendre utile, il faut que je fasse tout le contraire de ce que certains livres indiquent. Point de représentation de lieu, point d’images de démons, ni de damnés, point de détails circonstanciés de tourments, car j’ai lieu de penser que toute cette phantasmagorie que l’on emploie ordinairement, loin d’effrayer mes esprits, me révolte et nuit à ma conviction qui ne peut pas s’appuyer sur des choses qu’elle peut refuser de croire, ou du moins qu’elle peut regarder comme exagérées, ou comme le produit de l’imagination d’autrui.
Pour Eugène, l’enfer signifiait « être privé de Dieu », la pure punition imaginable pour quelqu’un qui aimait passionnément Dieu et lui avait sacrifié sa vie :
Je m’attacherai donc à ce qui est de foi, et par-dessus tout à la considération de la privation de Dieu, mise en opposition avec la béatitude des élus dans le ciel.
Je me convaincrai aussi de la futilité des choses dont la recherche peut faire perdre l’unique bien qui est Dieu.
Résolutions de Retraite, octobre 1831, EO XV n 162
Eugène, nous dit Frank Santucci, refusait les méditations sur la notion d’enfer véhiculant des images d’horreur et de fantasmagorie. J’applaudis à ces résolutions au sujet des« feux de l’enfer » et toute autre représentation du sort terrible auxquels les pécheurs impénitents devaient s’attendre après leur mort.
Je me demande aujourd’hui comment les autorités religieuses du 19ième siècle ont pu impliquer notre Dieu de miséricorde dans un sort aussi funeste. Générateur de peur ce « Dies irae, dies illas » immanquablement présent aux funérailles et ses allusions au « Jour de colère » alors que « le monde sera réduit en poussière… » !
Et j’admire de plus en plus Eugène pour qui l’enfer était surtout «la considération de la privation de Dieu, mise en opposition avec la béatitude des élus dans le ciel et la futilité des choses dont la recherche peut faire perdre l’unique bien qui est Dieu. » (Frank Santucci)
Un homme de foi notre fondateur, un homme d’avenir aussi ! Car, si quelques notions de ce redoutable enfer traînent encore un peu à notre époque, c’est la Miséricorde qu’on célèbre par-dessus tout. L’amour devient alors le moteur d’une vie spirituelle omniprésente dans toute la vie des chrétiens.