À travers le regard du Sauveur crucifié nous voyons le monde racheté de son sang, dans le désir que les hommes en qui se poursuit sa passion connaissent eux aussi la puissance de sa résurrection (cf. Ph 3, 10).
CC&RR Constitution 4
Depuis sa première prédication, Eugène invitait constamment les pauvres à comprendre l’invitation transformatrice de la résurrection dans leur vie.
Venez maintenant apprendre de nous ce que vous êtes aux yeux de la foi.
Pauvres de Jésus-Christ, affligés, malheureux, souffrants, infirmes, couverts d’ulcères, etc., vous tous que la misère accable, mes frères, mes chers frères, mes respectables frères, écoutez-moi.
Vous êtes les enfants de Dieu, les frères de Jésus-Christ, les héritiers de son royaume éternel, la portion choisie de son héritage; vous êtes, au dire de saint Pierre, la nation sainte, vous êtes rois, vous êtes prêtres, vous êtes en quelque sorte des Dieux, vous êtes des dieux, vous êtes tous des fils du Très-Haut.
Élevez donc votre esprit, que vos âmes abattues se dilatent, cessez de ramper sur la terre: vous êtes des dieux, vous êtes tous des fils du Très-Haut. (Ps 81,6).
Instructions familières en provençal, données à la Madeleine en 1813, E.O. XV n. 114
« Quelle plus glorieuse occupation que de n’agir en tout et pour tout que pour Dieu» écrivait Eugène dans son Journal de retraite. Il a compris qu’aimer Dieu passe par l’amour pour les autres. Et qui’aimer autrui consiste à lui faire prendre conscience de son statut d’enfant de Dieu.
Pas toujours facile pour des gens qui n’ont reçu que la portion congrue du bonheur. C’est à tous ces gens écrasés par une Révolution sans fin que le jeune prêtre tentera de faire relever la tête. « Vous êtes les enfants de Dieu, les frères de Jésus-Christ, les héritiers de son royaume éternel, la portion choisie de son héritage… » leur dira-t-il.
La tâche est ardue de faire entrevoir une justice pour tous à des gens écrasés de toutes parts. Plusieurs en mettront d’abord en doute la possibilité. N’est-il pas utopique en effet d’annoncer un tel destin à ceux-là qu’Eugène appelle les « Pauvres de Jésus-Christ, affligés, malheureux, souffrants, infirmes…» à tous ceux-là « que la misère accable ?
Seul l’amour aura raison des sceptiques. Eugène saura montrer aux gens leur identité de fils de Dieu, et combien ils sont dignes d’une vie convenable. « Élevez donc votre esprit… » leur dit-il encore. Et petit à petit ils comprendront que l’amour de Dieu est source de vie et que le bonheur partagé existe pour tous.
Que de patience il faudra aux missionnaires pour les accompagner dans leur cheminement ! Mais que de joie en constatant que les accablés trouvent enfin une vie digne d’eux !