Pas exactement une profonde pensée spirituelle, mais seulement un clin d’œil sur l’amusante narration épistolaire d’Eugène à son ami, Henri Tempier, à propos de la vie quotidienne au séminaire de Billens.
Tout le monde se porte très bien. Et dans le fait, il n’y a ici d’autre privation que celle du vin qui est commune à tous les habitants. Ils en boivent de temps en temps dans les visites. Du reste, l’on n’y songe pas. Quant à l’ordinaire, il est très bon. Ils ont tous les jours une soupe, dont ils remplissent deux fois leurs assiettes, un bon morceau de bœuf, un plat de choux avec un morceau de petit salé très doux et très agréable au goût auquel on ajoute très souvent de la saucisse du pays. Cela fait trois plats sans compter la saucisse. D’autres fois ils ont un plat de raves à la crème et du fromage pour dessert. Le soir, on leur donne souvent du veau. Le matin à déjeuner et le soir la soupe est de fondation et le pain à discrétion. Vous voyez qu’il n’y a pas sujet de se plaindre.
Avec cela ils travaillent bien, professeurs et écoliers, chacun fait son devoir. Classe de théologie dogmatique et de morale, classe de philosophie, classe d’éloquence sacrée, classe de mathématiques, classe de littérature, classe d’histoire, classe de géographie sans parler de la classe de chant et des cérémonies. Impossible pour le moment de placer l’allemand; la journée, ni la semaine, ne sont pas assez longues. On a très bien divisé toutes ces occupations, de façon qu’on ne perd pas un moment dans la journée.
Lettre à Henri Tempier, le 22 août 1831, EO VIII n 401
Pas évidente la vie d’un homme qui a consacré sa vie au service du Seigneur et de son Église. Quand en plus la vie a formés pour faire face à bien des épreuves, la ténacité s’impose. Une véritable connaissance des événements se développe, assortie chez un homme intérieur comme Eugène d’une attention à lui-même qui lui fait devenir l’homme audacieux et tenace que nous connaissons. Eugène sait voir les difficultés sans en oublier pour autant les choses dont il est bon de se rappeler.
Ainsi, en dépit de problèmes d’adaptation, la vie à Billens présente aussi les bons aspects qu’il confie à Henri Tempier. « Tout le monde se porte très bien. Et dans le fait, il n’y a ici d’autre privation que celle du vin qui est commune à tous les habitants. Ils en boivent de temps en temps dans les visites. Du reste, l’on n’y songe pas. Quant à l’ordinaire, il est très bon. » Et il décrit le menu des futurs Oblats qui ne laisse certes rien à désirer. Le reste à l’avenant quant à l’éducation des novices à laquelle il accorde tant d’importance. « Avec cela ils travaillent bien, professeurs et écoliers, chacun fait son devoir. On a très bien divisé toutes ces occupations, de façon qu’on ne perd pas un moment dans la journée. »
« Un clin d’œil sur l’amusante narration épistolaire d’Eugène à son ami, Henri Tempier », comme le qualifie Frank Santucci, parenthèse heureuse qui fait du bien aux deux correspondants. Le confident doit se réjouir d’une situation aussi encourageante. Quant à Eugène, on comprend que cette bise rafraîchissante lui permet de continuer avec ardeur en dépit des instants difficiles.
Leçon pour nous tous dont la vie n’est pas toujours « un long fleuve tranquille ». Il est bon, après des moments ardus, de mettre l’emphase sur ce qui va bien. « C’est bon pour le moral » dit une chanson. Et le temps de rendre grâce à Dieu qui nous donne la force de vivre selon notre foi. Voici bien le Deo Gratias qui doit soutenir notre élan de tous les jours.