PERMANENCE, PERSÉVÉRANCE AND PERSISTANCE

Après avoir écrit à Nicolas Riccardi  pour essayer de l’aider à clarifier sa vocation Oblate, Eugène écrit à Tempier pour le mettre au courant. Il éprouve de la plainte au sujet de gens qui ont tellement de conflits d’idéaux qu’ils sont incapables d’arriver à une décision claire. Employant l’image des habits multicolores d’un peuple d’une des cités d’Italie, il réfléchit sur le manque de permanence dans les vocations religieuses en général.

J’écris une longue lettre à [Riccardi]; je vous l’envoie parce que je veux que vous la fassiez copier avant de la lui remettre. Je crois utile que l’on sache, dans la suite, ce que je pense de ces arlequins, qui ont autant de bigarrure dans l’âme que ces honnêtes citoyens de Bergame en ont sur leurs habits. Ne vous étonnez pas de tant de défections. Elles étaient innombrables du temps du bienheureux Alphonse dans sa Congrégation, et après sa mort sa chose fut poussée si loin, qu’une quantité de sujets entraient dans la Société pour être ordonnés sans patrimoine, et souhaitaient le bonsoir à la compagnie dès qu’ils étaient prêtres. On fut obligé de prendre la précaution de faire signer un écrit par lequel on s’obligeait, si l’on sortait de la Société avant dix ans, de la défrayer des dépenses qu’elle avait faites. Parmi les Lazaristes, un beau jour huit étudiants, c’est-à-dire du nombre de ceux qui après avoir fait les vœux font leur cours de philosophie et de théologie, se donnèrent le mot pour aller se faire Dominicains. La chose faisait peut-être moins d’effet parmi eux, parce qu’ils étaient plus nombreux, mais ce malheur ne leur arrivait pas moins qu’à nous. Qui pourrait compter ensuite les sécularisations et même les apostasies des Ordres religieux? Pauvre espèce humaine, qu’il y a peu d’hommes dans ton sein!

Lettre à Henri Tempier, le 18 février 1826, EO VII n 226

 

“Permanence, persévérance and persistance en dépit de tous les  obstacles, les découragements et les impossibilités: c’est ceci, cela qui en toutes choses distingue l’âme forte de l’âme faible.”       Thomas Carlyle

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Une réponse à PERMANENCE, PERSÉVÉRANCE AND PERSISTANCE

  1. Denyse Mostert dit :

    Lettre à Henri Tempier, le 18 février 1826

    Alors qu’il confie Nicolas Riccardi aux soins du P. Tempier, Eugène de Mazenod ne peut manquer de préciser son point de vue. Beaucoup de déception et de douleur en quelques mots ! «Je crois utile, écrit-il, que l’on sache, dans la suite, ce que je pense de ces arlequins, qui ont autant de bigarrure dans l’âme que ces honnêtes citoyens de Bergame en ont sur leurs habits. » D’où recommandation à Henri Tempier de faire copier sa lettre avant de la remettre au principal intéressé.

    Comme pour relativiser le désarroi d’Henri Tempier et peut-être aussi le sien, Eugène évoque d’autres départs chez les Rédemptoristes. Et il souligne que la situation y était même si fréquente qu’on « fut obligé de prendre la précaution de faire signer un écrit par lequel on s’obligeait, si l’on sortait de la Société avant dix ans, de la défrayer des dépenses qu’elle avait faites. » Même situation pour certains Lazaristes qui, après avoir « fait leurs vœux, leur cours de philosophie et de théologie, se donnèrent le mot pour aller se faire Dominicains. » ‘’Un mal qui répand la terreur ‘’, aurait dit Jean De La Fontaine. Si ‘’tous n’en mouraient pas’’ beaucoup parmi ceux qui avait décidé de consacrer leur vie à « faire connaître et aimer Jésus Christ » en étaient ébranlés et devaient faire appel à une foi et à une confiance sans limite en ce Dieu à qui ils avaient consacré leur vie.

    « Pauvre espèce humaine, qu’il y a peu d’hommes dans ton sein! » s’exclame Eugène de Mazenod. Réflexion à goût de découragement qui ne lui est pas habituel mais qui confirme la pertinence de son grand désir de donner à l’Église « des prêtres selon le cœur de Dieu ».

    « Pauvre espèce humaine… » pouvons-nous également dire avec justesse au vu et au su de tout ce qui se passe aujourd’hui ! Que faire sinon ne pas nous laisser décourager par un sentiment d’impuissance, refuser la commodité d’un laxisme par ailleurs très répandu et continuer à marcher courageusement et avec persévérance dans la voie que semble nous indiquer l’Évangile ?

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