UN STYLE DE VIE SIMPLE

Écrivant à partir de Paris, il parle d’avoir à acheter quelques soutanes, le vêtement porté par les prêtres et les religieux. Je cite cette lettre parce qu’elle touche des points intéressants.

…À propos de dépense, je crois que mon oncle aura la bonté de payer la soutane de toile que j’ai été obligé de faire faire. Je n’ai pas un besoin si pressant d’une soutane de drap, puisque j’en ai une. Je ne pourrai pas tarder néanmoins d’en faire faire une autre pour épargner un peu celle-ci.
Il serait peut-être à propos de profiter de mon séjour ici, mais je crois devoir vous demander votre sentiment pour ne pas m’écarter de la pauvreté. Ce serait au Ministre à y pourvoir . Je suis fâché d’être obligé de décider moi-même quand il convient d’acheter quelque chose pour ma chétive personne.

Il s’en remet à la valeur communautaire d’avoir tout en commun, et du besoin de demander la permission avant de faire quelque dépense personnelle. Eugène était le supérieur, mais il ressentait tout de même la nécessité de s’en remettre à quelqu’un avant de dépenser de l’argent pour lui-même.

Deuxièmement, on aperçoit ici son principe de ne jamais dépenser plus que le nécessaire pour soi-même. Quinze ans auparavant, en tant que séminariste, il avait exprimé ce principe à sa mère, et il lui était demeuré fidèle jusqu’à la fin :

Je vous prie de ne pas oublier de me faire passer les livres hébreux que je vous avais demandés dans une de mes lettres; j’en ai plus de besoin que des chemises. Mon linge est en assez bon état. J’en suis moins surpris que de mes soutanes car, n’en ayant qu’une d’hiver et une d’été, elles ne sont pas encore trouées, quoique un peu râpées. Il est vrai que j’avais choisi du bon drap bien grossier. Grâce à Dieu, je ne crois pas qu’on puisse m’accuser de luxe ni de recherche dans ma personne, et j’espère qu’on ne sera jamais dans le cas de me faire ce reproche, attendu que je suis dans la ferme résolution de n’en jamais faire davantage. Soutane commune, ceinture de laine, cheveux plats, voilà quel est et quel sera toujours le costume de l’abbé de M[azenod]. Je ne sais pas, en vérité, à quoi pensent les hommes de vouloir toujours orner et dorloter cette misérable charogne qui doit être la pâture des vers et qui n’est jamais moins soumise que quand on la ménage.

Lettre à sa mère, 6 janvier 1810, EO XIV n. 66

Troisièmement, il y a là quelque signe d’humour, comme Yvon Beaudoin le note :” Cette phrase semble un mot d’humour. Devant cette dépense qui paraît exorbitante, le Fondateur voudrait dire par plaisanterie: ce serait au Ministre (des Cultes) à y pourvoir! Il s’était déjà plaint et moqué tout à la fois, dans sa lettre du 28 juin, des Ministres qui centralisent la moindre affaire à Paris!” ((Note en bas de page à EO VI n. 190)

“Animés par l’Esprit qui poussait les premiers chrétiens à tout partager, les Oblats mettent tout en commun. Ils adoptent un genre de vie simple et considèrent comme essentiel, pour leur Institut, de donner un témoignage collectif de détachement évangélique.

« Ils évitent donc tout luxe, toute apparence de luxe, tout gain immodéré et tout cumul de biens.” CC&RR, Constitution 21

 

« Fais preuve de sobriété, embrasse la simplicité, réduis l’égoïsme, n’aie que peu de désirs.»   Lao Tzu

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Une réponse à UN STYLE DE VIE SIMPLE

  1. Denyse Mostert dit :

    « Il faut ce qu’il faut » ! Je pense ici au fils du Président à la Cour des Comptes, faisant don de son manteau à un petit charbonnier d’Aix-en-Provence. Un geste à mettre d’abord sur la compassion du jeune Eugène mais qui dit déjà la place toute relative qu’il donnera toute sa vie aux ostentatoires et inutiles parures.

    ‘’Il faut ce qu’il faut’’ ! Eugène de Mazenod sait s’y tenir. Nulle part dans sa biographie, il n’est question d’un homme misérablement vêtu. Par contre brille de tous ses feux une simplicité volontaire et intelligente qui mérite notre attention.
    Dans une lettre à sa mère alors qu’il est encore séminariste, Eugène y va d’un vœu pieux : « Grâce à Dieu, je ne crois pas qu’on puisse m’accuser de luxe ni de recherche dans ma personne, et j’espère qu’on ne sera jamais dans le cas de me faire ce reproche.»

    Bien plus qu’un vœu pieux ! Sa vie durant, le Fondateur va conserver ce même souci de simplicité, d’économie implicitement lié au vœu de pauvreté du religieux. Le milieu épiscopal dans lequel il évoluera par après ne changera en rien les habitudes de M. le Vicaire général de Marseille.

    Réservé aux religieux seulement ? Il va sans dire que chaque mode de vie requiert ses modalités propres. Avec pourtant des constantes communes sorties tout droit de l’évangile.

    En effet, la vie de Jésus de Nazareth n’est-elle pas le modèle simple et authentique
    qui oriente vers les choses essentielles ?

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