COMBIEN DE CORPS RELIGIEUX ONT COMMENCÉ PAR S’ENGAGER AINSI AVANT L’APPROBATION FORMELLE DE L’ÉGLISE!

 

L’Archevêque d’Aix, qui changeait d’idée à peu près aussi souvent qu’il changeait d’habits, décida tout autant de tirer profit de la situation. Leflon nous en donne l’image :

Toujours sensible aux fluctuations des influences et personnellement mal disposé pour le P. de Mazenod, que Maunier et Deblieu s’employèrent à desservir pour motiver leur abandon, M. de Bausset ne tarda pas en effet à emboîter le pas derrière son suffragant, et annonça son intention d’enlever à la Mission de Provence tous les sujets qui relevaient de son obédience. Il n’en fallait pas davantage pour jeter la panique dans la communauté d’Aix ; deux autres prêtres se disposent à partir, le P. Moreau pour la Trappe, un second pour rejoindre son diocèse ; d’après Rey, le scolastique Jeancard, futur évêque auxiliaire de Marseille, se serait lui aussi retiré ; il ne le fera définitivement qu’en 1834. Chaque courrier apporte au Fondateur la nouvelle de sécessions prochaines. Serait-ce la débandade et le commencement de la fin?

Une fois de plus, il fera front. Son premier souci est de ranimer les convictions de la maison-mère, assez ébranlée par la décision du conseil de Fréjus, que M. de Bausset reprend à son compte. Une longue lettre, adressée à Courtès, entreprend donc de l’infirmer..

Leflon II p. 265

C’est une grande crise dont les suites peuvent être terribles…; mais Monseigneur l’Archevêque n’ignorait pas que nous faisions des vœux. Or n’était-il pas censé les approuver, en continuant de nous employer comme il l’a fait? Je serais curieux de savoir si nos casuistes fréjusiens décident que les vœux que saint Ignace fit à Montmartre avec ses compagnons étaient nuls!
Combien de corps religieux ont commencé par s’engager ainsi avant l’approbation formelle de l’Eglise! Toute l’administration archiépiscopale savait nos engagements et ne s’en plaignait pas. J’en avais parlé à M. Duclaux qui ne vit rien en cela que de très édifiant. Tout cela ne prouve pas la précipitation. La Société de M. Coudrin, répandue dans plusieurs diocèses de France, et dont le chef-lieu est à Picpus, à Paris, fait des vœux comme nous; jamais les évêques ne s’en sont plaints; apparemment le démon nous en veut plus qu’à d’autres.
Ne t’inquiète pas trop; je crains que cela ne te fasse mal; c’est un nouveau souci pour moi, car, à présent plus que jamais, je demande à Dieu qu’il vous garde comme la prunelle de l’œil.

Lettre à Hippolyte Courtès, 10 octobre 1823, EO VI n.115

 

« Des vœux faits au milieu de l’orage sont oubliés en période de calme. »

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Une réponse à COMBIEN DE CORPS RELIGIEUX ONT COMMENCÉ PAR S’ENGAGER AINSI AVANT L’APPROBATION FORMELLE DE L’ÉGLISE!

  1. Denyse Mostert dit :

    La duplicité – comment l’appeler autrement ? – des autorités diocésaines frappe fort. Pour le clergé dont on a besoin, on va tout simplement arracher « à la Mission de Provence tous les sujets qui [relèvent] de son obédience… Chaque courrier apporte au Fondateur la nouvelle de sécessions prochaines. »

    Faut-il s’attendre à voir Eugène de Mazenod courber humblement la tête en décrétant voir dans tout cela la volonté de Dieu ? Voici qui cadre mal avec le prêtre dont l’unique souci est de « faire connaître et aimer Jésus Christ » aux plus abandonnés.

    « C’est une grande crise dont les suites peuvent être terribles… » La lettre du 10 octobre 1823 au P. Courtès est celle d’un homme ulcéré mais capable de mettre en avant une logique difficilement contestable. « … Monseigneur l’Archevêque n’ignorait pas que nous faisions des vœux. Or n’était-il pas censé les approuver, en continuant de nous employer comme il l’a fait?… Toute l’administration archiépiscopale savait nos engagements et ne s’en plaignait pas » Et aussi : « Combien de corps religieux ont commencé par s’engager ainsi avant l’approbation formelle de l’Eglise! »

    Du comportement aberrant et totalement inacceptable du clergé Eugène dira « …Apparemment le démon nous en veut plus qu’à d’autres. »

    Dans sa lettre au P. Courtès la tendresse habituelle : « Ne t’inquiète pas trop; je crains que cela ne te fasse mal… » Et un motif d’espérance : « … plus que jamais, je demande à Dieu qu’il vous garde comme la prunelle de l’œil.

    Quel combat pathétique que celui de cet homme rigoureusement fidèle à l’appel du Vendredi Saint 1807 ! À travers l’incroyable souffrance, on croit le voir s’effondrer, puis se relever et repartir au combat avec comme viatique le « tout pour Dieu » dont il a fait le motif de son existence. Un peu à la manière du Christ assumant jusqu’au bout le témoignage qui a dérangé tant de puissants…

    Quand tout semble s’effondrer… n’est-ce pas alors qu’apparaissent le mieux les vertus que l’on dit héroïques !

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