TOUT CE QUI SOUFFRE, OU A BESOIN DE MOI, A DROIT À MES SERVICES

A 26 ans, Eugène continue de réfléchir sur sa personnalité – avec quelques éclairages intéressants sur son affectivité. Il nous montre comment celle-ci l’oriente vers le service des autres :

Rien de charnel ne se mêle pourtant à ces vœux qui partent de la partie la plus noble de mon cœur. Cela est tellement vrai, qu’il a toujours dédaigné toute liaison avec les femmes parce que ces sortes d’amitiés entre différents sexes sont plutôt l’affaire des sens que du cœur.
La qualité de la personne n’influe en rien sur le sentiment qui me porte à aimer celui de qui je suis véritablement aimé. La preuve c’est que je suis affectionné d’une manièr[e] incroyable aux domestiques qui me sont vraiment attachés; je me sépare avec peine d’eux , j’éprouve un déchirement en les quittant, je m’intéresse à leur bonheur, et n’oublie rien pour le leur procurer, et cela non par magnanimité ni grandeur d’âme, je n’agis par ce motif qu’avec les indifférents, mais par sentiment, par tendresse, il faut que je le dise par amitié.
Il ne faut pas croire pour cela que je ne sois porté à obliger que ceux qui m’aiment. Bien s’en faut, tout ce qui souffre, ou a besoin de moi, a droit à mes services.

L’autoportrait d’Eugène pour son directeur spirituel, en 1808, E.O. XIV n. 30

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3 réponses à TOUT CE QUI SOUFFRE, OU A BESOIN DE MOI, A DROIT À MES SERVICES

  1. Denyse Mostert dit :

    Il est vrai que le langage d’Eugène de Mazenod reflète bien l’époque dans laquelle il vit. Et les « liaisons » avec les femmes qu’il décrit comme étant des « sortes d’amitiés entre différents sexes », ont toujours comporté et comportent toujours certains « risques ». L’affectivité entre en ligne de compte, le coeur parle, « les sens » réclament une part… Pourtant, ces relations peuvent devenir tellement belles et valorisantes lorsqu’elles sont cultivées sur un terrain de dépassement et de respect mutuel. Pas facile, facile, mais pas impossible pour autant.

  2. Denyse Mostert dit :

    « Tout ce qui souffre a besoin de moi ». On retrouve bien là le saint Eugène qui nous envoie vers « les pauvres aux multiples visages ». Sans distinction aucune de classe ni de fortune, qu’il s’agisse d’amis ou d’étrangers … Ça aussi demande parfois de dépasser nos impressions premières et d’aller au-devant de…

  3. Denyse Mostert dit :

    Jésus disait : « Des pauvres, il y en aura toujours parmi vous. » Leur visage peut être différent de ceux du que temps d’Eugène mais ils sont bien réels, dans notre pays, dans notre rue, parfois dans le même immeuble nous.
    La pauvreté qu’on pourrait dire « génétique »… engendrée par le manque non pas d’éducation mais d’instruction. Parce que, très tôt, les enfants de familles dans le besoin, ont laissé l’école pour aller gagner les quelques sous destinés à la survie des leurs.
    La pauvreté de beaucoup de nos jeunes. Parce que les nombreux « décrocheurs scolaires » d’aujourd’hui se retrouvent le plus souvent désabusés par des expériences malheureuses et prématurées qu’ils ont eu à vivre. Comment va se dessiner leur avenir si on les classe d’emblée parmi les irrécupérables ?
    La pauvreté qu’on pourrait appeler « civique » de ceux-là qui sont nés pourrait-on dire « à l’ombre de la guerre » dans un pays qui où les armes font la loi… Tous ces réfugiés arrivant par dizaines chez nous et qui sont accueillis avec force suspicion et contrôles, pour ensuite rechercher désespérément un travail qui va leur rendre leur dignité…
    La pauvreté de ces victimes de cataclysme… Ces Haïtiens, Pakistanais et combien d’autres qui essaient difficilement de se relever des colères de la nature.
    Ces exemples font partie des grandes pauvretés, celles qui sont bien visibles. Faut-il parler de celles qui se vivent avec grande pudeur parmi nos proches et que nous portons nous-mêmes en essayant de les dissimuler ?
    Oui, « des pauvres il y en a toujours parmi nous », et nous faisons partie du nombre… Trop de pauvres, trop peu de moyens, trop peu de compassion ? Tout cela paraît insoluble.
    Le petit grain de blé à semer pourrait être celui d’une attention constante envers nos proches. De notre collaboration à soulager, à donner dans la mesure de nos moyens.

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