APPROBATION DE LA CONGRÉGATION : UNE QUESTION DE VIE OU DE MORT POUR LES OBLATS

Dans la lettre qu’Eugène avait écrite à l’Archiprêtre (mais qu’il n’avait jamais envoyée), il avait établi très clairement pourquoi l’approbation par le Pape de la Congrégation des Oblats était essentielle pour leur survie future.

Maintenant nous nous trouvons dans une position très critique. Nous sommes venus chercher la force et la consistance auprès du S[ain]t-Siège, avec une confiance comparable à celle d’un enfant qui s’adresse à son père qu’il aime. Si le S[ain]t-Siège ne nous approuve pas, nous serons venus au contraire recevoir le coup de la mort; car, au point où nous en sommes, ne pas nous approuver, c’est nous dissoudre. Je me suis déjà permis d’en faire la remarque à Sa S[ain]teté, en lui exposant les motifs de ma demande; je vous supplie de le lui représenter de nouveau avec votre sagacité ordinaire.
Les évêques savent que je suis venu à Rome pour faire approuver la Société; c’est tout leur désir qu’elle le soit. Si elle n’est pas approuvée, ils soupçonneront quelque motif secret qui devra les mettre eux-mêmes en garde; et supposé que cette pensée ne leur vienne pas à cause de l’estime qu’ils veulent bien avoir de nous, il est à craindre que dans un moment pressant, quand ils croiront avoir besoin de prêtres pour les employer dans des ministères incompatibles avec nos fonctions et contraire[s] à notre institut, se souvenant qu’il n’est pas approuvé, ils rappel[l]eront leurs sujets sans façons; dès lors, voilà notre Société détruite.
D’un autre côté, les membres de la Société eux-mêmes, qui s’attendent tous à cette approbation, si elle nous est refusée, perdant l’estime qu’ils en ont eu[e] jusqu’à présent, ne feront plus de cas de leur Règle. Ils seront tentés de ne plus considérer leurs engagements comme irrévocables, le gouvernement de la Société comme stable. Au moindre mécontentement, à la moindre tentation, ils se laisseront aller à préférer les aises, les commodités et le prompt avancement des simples prêtres à la s[ain]te et salutaire contrainte d’une vie régulière. Dès lors, tout est fini: nous avons cessé d’exister.

Lettre à l’Archiprêtre Adinolfi, Sous-secrétaire de la Congrégation des Évêques et Réguliers, 23 décembre 1826, EO XIII n. 49

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2 réponses à APPROBATION DE LA CONGRÉGATION : UNE QUESTION DE VIE OU DE MORT POUR LES OBLATS

  1. Denyse Mostert dit :

    Rome – Lettre à l’Archiprêtre Adinolfi,

    Espérant s’assurer davantage le concours de l’Archiprêtre, Eugène prépare une lettre au contenu qu’on peut qualifier de pathétique. Il lui rappelle de nouveau la situation précaire des Missionnaires Oblats. Quoique cette missive n’ait jamais été remise à son destinataire, le Fondateur a jugé bon de la conserver.

    « Si le S[ain]t-Siège ne nous approuve pas, nous serons venus au contraire recevoir le coup de la mort; car, au point où nous en sommes, ne pas nous approuver, c’est nous dissoudre. »

    Sans approbation officielle, des craintes de tous les côtés ! Les Évêques auront tout loisir de « soupçonner quelque motif secret ». Si des besoins pressants de prêtres se font sentir dans des ministères incompatibles avec les fonctions de la Congrégation, ils pourront sans état d’âme envoyer les missionnaires où bon leur semblera.

    Marasme possible chez les Oblats eux-mêmes. « Ils seront tentés de ne plus considérer leurs engagements comme irrévocables, le gouvernement de la Société comme stable. »

    On a souvent dit que l’écriture soulage en permettant de voir clair en soi. Dans le cas qui nous occupe, on peut y ajouter la grande souffrance d’un Fondateur mettant noir sur blanc des possibilités d’échec de la Congrégation à laquelle il a voué sa vie et l’idée que ceux-là qu’il aime comme ses enfants pourraient s’en aller ailleurs.

    On peut penser qu’Eugène est allé porter toutes ces inquiétudes devant le Saint Sacrement là où il vit si bien la communion avec les Oblats. Peut-être s’est-il souvenu de ses mots lors de la rencontre avec l’Archiprêtre : « « Je laisse cette affaire entre vos mains; je ne demande pas autre chose que l’accomplissement des desseins de Dieu.»

  2. Denyse Mostert dit :

    En communion avec tous les Oblats de Marie-Immaculée en ce jour de fête 2014…

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